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LES BOUTEILLES DE GAZEUSES “GRAND MANGEUR” DE LA COURONNE SONT DOUCES ET LONGUES,

MAIS LE TRAVAIL A LA BRASSERIE LA COURONNE EST AMER!!!

DOSSIER SUR LA BRASSERIE LA COURONNE

Comité Ouvrier Brasserie La Couronne

Intersyndical Premier Mai / Batay Ouvriye

Mai 2001


Une caractéristique de la société de consommation, donc du type de société où nous vivons sur la terre depuis un bon moment dans le cadre du pourrissement du capitalisme, c’est d’ACHETER, D’UTILISER CE QU’ON A ACHETÉ SANS MÊME SAVOIR, NI CHERCHER À SAVOIR DANS QUELLES CONDITIONS LES TRAVAILLEURS PRODUCTEURS L’ONT PRODUIT. Nous consommons les bananes plantain de la région d’Arcahaie ; mais demandez-nous dans quelles conditions les travailleurs les ont produit, non seulement nous ne le savons pas, mais nous ne sommes même pas intéressés à le savoir. On achète un maillot où une culotte e nous voyons écrit dessus « made in haiti ». On est content, on dit : oh ! c’est fait ici et on sourit largement. Mais là encore, nous ne connaissons pas les conditions dans lesquelles ils sont produits, on ne s’intéresse pas à le savoir. On ouvre la radio et on entend les publicités du cola Couronne « grand mangeur », on ri. On a soif, on l’achète pour le boire, on l’envoie au fond de notre gorge e il baisse « cette chaleur qui est trop chaude et excitée ». Mais demandez-nous dans quelles conditions ces colas « grand mangeur » sont fait, et là encore, on ne le sait pas et on ne veut pas le savoir. La société est faite, et elle fonctionne de manière à ce que nous soyons ainsi. Mais un autre facteur rentre également en jeu : quand la lutte des travailleurs est à un point bas, cela rend plus facile le travail des exploiteurs pour empêcher aux gens de réfléchir sur la production des biens matériels et, ainsi, sur l’exploitation. Aujourd’hui l’expérience présente et passée des ouvriers de la BRASSERIE LA COURONNE, dans leur lutte pour défendre leurs droits, les ont décidé de porter devant tous les conditions dans lesquelles ils travaillent. Ils ont décidé de montrer comment boire les colas Couronnes, mais produire les colas Couronne est infernal.

1. Salaire des Ouvriers :

Tout le monde sait comment depuis plusieurs années, le salaire minimum est de 36 gourdes. Tous ne savent pas que dès que le coût de la vie augmente de 10 pourcent, le salaire doit être ajusté. Mais cela n’arrive jamais. Ainsi, dès que le coût de la vie augmente, c’est le salire réel des ouvriers qui continue de baisser et de cette manière, l’exploitation augmente. Nous devons préciser : les 36 gourdes sont pour 8 heures de temps de travail. Comment cela se passe-t-il à la COURONNE ? On y trouve des ouvriers qui travaillent de six heures du matin à huit ou neuf heures du soir. Ils touchent cinquante gourdes, leur salaire pour une journée de travail de douze heures. Jamais on ne leur a parlé d’un salaire de base pour une journée de travail de huit heures, ce qui leur permettrait d’examiner combien ils touchent pour leurs heures supplémentaires.

Si on considère les ouvriers qui travaillent la nuit, on constate qu’ils ont de gros problèmes aussi. Il est vrai qu’ils touchent davantage que les ouvriers de jour, mais ils travaillent presque la même quantité d’heures et LA COURONNE ne respecte pas les stipulations de la loi concernant le travail de nuit.

Boire les colas de la Couronne est doux, mais ce produit est fait dans des conditions d’exploitation féroces, dans le cadre de pratiques carrément illégales. Et les bourgeois propriétaires de LA COURONNE sont bien à l’aise, dans le cadre d’une impunité complète. Nous pouvons demander ce que l’ouvrier peut faire avec cinquante gourdes aujourd’hui, surtout s’il est obligé de travailler pendant douze heures ? Voyons cela : l’ouvrier est obligé de manger à crédit. S’il doit, pour satisfaire sa faim, consommer trois petits plats de nourriture, alors, c’est 3 fois 15 gourdes. Il n’en est pas capable ! Le matin, il est souvent obligé de prendre un spaghetti de quinze gourdes avec un jus de cinq gourdes. Si cela ne lui est pas possible, il prend un pâté de cinq gourdes avec un jus, parfois il y ajoute un cola acheté dans la matinée. En plus de tout cela, il dépense au moins six gourdes de transport. Vu qu’il travaille douze heures de temps, il faut bien qu’il se nourrisse, il cesse de penser à tout cela.

Qu’est-ce qu’il reste ? Dans les conditions où l’ouvrier dépense le moins possible, il lui reste quatorze gourdes (s’il prend un pâté le matin) ; il lui reste quatre gourdes s’il prend un spaghetti. Ainsi il se reproduit pour se revenir se faire exploiter le lendemain matin. Mais ce n’est pas tout. En considérant la question du salaire, il faut se rappeler qu’il s’agit d’un salaire pour une semaine de quarante-huit heures de temps. Le salaire est également applicable pour le travail du dimanche et les jours fériés. Là encore, la compagnie Brasserie la Couronne est ILLÉGALE. Elle ne respecte nullement la loi : les ouvriers touchent comme s’il s’agissait de journées normales. Ils ne sont pas payés suivant les stipulations du Code du Travail.

Certains travaux se font aux prix d’importants déplacements. Ceci est particulièrement applicable pour les travailleurs qui transportent les colas dans des zones en dehors de Port-au-Prince. Dans ces cas, le salaire demeure invariable et les travailleurs souvent ne s’alimentent pas. Parfois, les chauffeurs doivent recevoir certains « frais ». Mais il ne s’agit que de cinquante gourdes, souvent à partager en deux. Donc, la situation est encore plus grave dans ce genre de situation.

En général, on travaille six jours sur sept. Mais facilement, on force les ouvriers à venir travailler les dimanches et les jours fériés, autant que nécessaire. Et ils sont payés les mêmes cinquante gourdes, sans tenir compte du fait que quand on travaille six jours, le septième doit être payé , sans compter que les jours fériés sont plus chères que les journées normales.

1. CONDITIONS DE TRAVAIL :

• On peut dire que les conditions de travail sont absolument incorrectes. Certains ouvriers travaillent toute la journée sous le soleil chaud, comme les ouvriers qui chargent les camions, par exemple. Ils ont une récréation de trente minutes, pas plus, et sont sous grosse pression, pour qu’ils ne dépassent pas les trente minutes.

• Ce qui sont à l’intérieur des usines subissent le bruit des moteurs qui les rend sourds. Les accidents de travail sont légion. Celui qu’on dénomme « washer » (appareil à laver les bouteilles) et le « forklift » (chariot permettant de déplacer les caisses de colas) qui parfois coupent les pieds des travailleurs. Parfois, les ouvriers se font également fermer les doigts dans les portes des containeurs. Les ouvriers au contrôle des bouteilles ont de sérieux problèmes de yeux. Surveiller les bouteilles qui passent sous les les lumières détruit les yeux des travailleurs.

• Dans le travail, on utilise beaucoup de produits chimiques. Le soude caustique détruit les chaussures et aucune botte n’est fournie pour protéger les pieds des travailleurs. Il n’y a aucune ventilation. Ce qui existe, par contre, est la chaleur ainsi attirée, c’est tout. Si un travailleur possède un gant pour le travail, c’est lui qui se l’est procuré.

• Les toilettes sont impraticables. Quand la fosse est remplie, ils la vident complètement dans la cour. Les ouvriers sont forcés de piétiner dans cette malpropreté et on les force à nettoyer la cours. Et nous sommes obligés de boire l’eau du puit qui n’est pas traitée.

• Le depostisme est très fort : les ouvriers travaillent sous de grosses pressions, sous les cris, sous la surveillance. Divers étrangers jouent un rôle important dans cela.

Donc,

Boire le grand mangeur est bon

Boire le grand mangeur es doux…,

Mais le réaliser, c’est l’enfer !

2. ATTITUDE DES PATRONS QUAND IL Y A PERTE

Ils n’entendent rien. Il faut que les ouvriers paient complètement. Eux disent n’avoir rien perdu. Si des bouteilles s’écrasent, par exemple, ils les rembourseront. On les fait payer six gourdes. (On ne leur fait pas payer le liquide.) Si une caisse se perd ou se casse, il faut payer soixante gourdes. Ils ne plaisantent pas !

Avec l’insécurité, le problème des « zinglindos » qui s’ancre dans tout le pays, les camions de cola sont devenus d’importantes cibles. Et les travaillleurs en sortent victimes constamment. Mais les patrons assurent le maximum de sécurité à l’argent qu’is réalisent et obligent aux travailleurs de payer tous les pots cassés. Quand l’insécurité frappe, on demande aux travailleurs de payer. Ceux qui le peuvent le font. Ceux qui ne le peuvent pas sont emprisonnés.

3. AUTRES ASPECTS LIÉS AU TRAVAIL À LA BRASSERIE LA COURONNE :

• Révocation : révocations sans arrêt, révocations illégales. Quand elles sont renvoyés au Ministère des Affaires Sociales, ce dernier se montre blasé : les employés ne viennent tout simplement pas. Ils jouent sur l’impunité qui leur est garanti par le système.

• Sécurité de l’Emploi : n’existe pas. Et on se sert de la méthode de la révocation avant trois mois afin que les ouvriers ne deviennent pas des employés, de sorte qu’ils ne puissent pas jouir des divers prescrits légaux.

• Droit Syndical : nullement respecté. Un syndicat existait dans l’usine. Ils ont réussi à le démanteler. Depuis lors, ils ont pris toutes les mesures pour bloquer toute revendications sérieuse, pour empêcher aux ouvriers de s’organiser.

4. EFFETS DES ACTIVITES DE LA BRASSERIE LA COURONNE SUR LA ZONE OÙ ELLE SE SITUE ET CONSÉQUENCES POUR LES OUVRIERS :

Mais, au milieu de tout cela, les activités de la Brasserie La Couronne a un effet sur la zone où ils se situent. Les ouvriers souffrent également de cela. La compagnie possède une grosse pompe pour tire l’eau de profonds de la terre des environs. Personne d’autre ne peut y trouver de l’eau. Et la Brasserie La Couronnce ne distribue pas une goutte d’eau, contrairement à d’autres compagnies. Même les marchandes d’aliments cuits n’y trouvent pas une goutte. Cela a des effets sur le prix des repas des ouvriers ainsi que sur leur état de santé. Quand la marchande de nourriture ne trouve pas d’eau, l’ouvrier doit passer plusieurs jours sans manger. Cela arrive souvent.

TOUT CELA, SE SONT LES MISÈRES SUBIES PAR LES TRAVAILLEURS DE LA COURONNE. Certains disent qu’il n’y a rien là, se partout pareil et d’autres subissent des conditions encore pires. C’est vrai ! Mais c’est ce type de développement qui est préconisé par le bourgeois et leurs laquais pour le pays. Il n’est pas acceptable. Et nous, ouvriers et travailleurs de la Brasserie La Couronne, nous disons : « Notre vie est TRAVAIL, mais notre vie est également de LUTTE. Trouver un travail n’est pas une faveur, c’est un droit. On se bat pour le respect de ce droit, tout comme pour obtenir de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail, donc pour baisser l’exploitation. Mais nous devons nous battre et nous nous battons aussi pour que la production soit organisée d’une autre manière à partir de nos intérêts, nous autres travailleurs qui créons toutes les nouvelles valeurs à partir de la production sans en tirer aucune jouissance. Et pour que tous les travailleurs d’Haïti et toutes les autres personnes conscientes comprennent la lutte qui se mène dans cette usine de gazeuses.

OUVRIERS DE LA COURONNE,

ASSUMONS NOS RESPONSABILITÉS !

NOUS TOUS OUVRIERS D’HAÏTI, UNISSONS NOUS POUR ASSUMER NOS RESPONSABILITÉS ! TOUS CEUX QUI CONSTATENT COMMENT CE GENRE DE SITUATION NE PEUT PAS CONTINUER, SOUTENEZ NOUS COMME VOUS LE POUVEZ TANDIS QUE NOUS MENONS NOTRE LUTTE À NOUS, DE NOTRE CÔTÉ !

VIVE LA LUTTE DES TRAVAILLEURS !

VIVE LES LUTTES DE LA CLASSE OUVRIÈRE !

Comité des Ouvriers de la Brasserie La Couronne
INTERSYNDICALE PREMIER MAI / BATAY OUVRIYE
B.P. 13326
DELMAS, HAITI

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