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L'USINE À CAFÉ NOVELLA:

LES PERSISTANTES SÉQUELLES ESCLAVAGISTES ET COLONIALES

ENTRAVENT TOUT PROGRÈS DÉMOCRATIQUE!

Les soutes à café représentent un type de production archaïque, remontant à la colonie. A cette époque, prévalaient les rapports de domination et d'exploitation extrêmes qu'il est inutile de rappeler et où n'étaient en vigueur que les règlements du fameux "Code Noir".

Cette période, telle une estampe, marquait les origines de la formation sociale haïtienne. Le XIXe siècle haïtien, avec la domination féroce entretenue par les féodaux et les commerçants de l'import-export, n'a pas été pour améliorer les choses.

Même l'avancée capitaliste présente n'a pu apporter un tant soit peu de rectification. Au contraire, fidèles à leurs racines coloniales et à leur nature encore grandement intacte, les principaux transformateurs-exportateurs de café se sont tous distingués sous Duvalier, réalisant alors, grâce à leur alliance inconditionnelle avec la dictature, grande partie de leur fortune, jusqu'à fortement se consolider et arriver à constituer des monopoles restreints où furent exclus au fur et à mesure les moins réactionnaires. Plus récemment, ces monopolistes participèrent tous activement au coup d'Etat, cherchant à briser par là les maigres acquis populaires.

Inutile de dire combien, dans ces milieux, la lutte des ouvriers est ardue.

Exportant vers l'Europe, les Etats-Unis et le Japon, les Etablissements Novella, au Cap-Haïtien, ont plus de cent ans dans ce commerce. Après avoir, de haute lutte, réussi à être reconnus comme travaillant à cet établissement (certains d'entre eux y ont plus de cinquante ans!), les ouvriers ont cherché à consolider leur organisation spontanée en mettant sur pied un syndicat. Devant l'unanimité de l'adhésion, la direction ne pu qu'accepter la nouvelle association ouvrière, faisant remarquer cependant qu'elle accueillait avec joie le syndicat (sic) parce qu'elle savait que cela se faisait couramment dans les "grands" pays étrangers (re-sic)! Mais cette supposée acceptation de la direction n'était que pour avoir le temps de mieux elle-même s'organiser. S'arrangeant avec les fonctionnaires des Affaires Sociales, soudoyant les ouvriers les plus corrompus, jouant des pieds et des mains pour s'immiscer, par mouchards interposés, dans les affaires du syndicat et, après une dernière réunion fantoche où elle promit monts et merveilles au Comité en place, elle bloqua tout rapport avec le syndicat. Subitement recommencèrent de plus belle les pressions de toutes sortes, les intimidations les plus outrageuses, les manoeuvres les plus basses, les exactions les plus odieuses...

Se signalant dans cet exercice, les frères Zéphir (Nonce et Daniel) actuels responsables de l'établissement (le propriétaire, Jacques Novella, Français, reprenant la pratique des colons absentéistes, passe maintenant la majeure partie de son temps dans son pays), essaient par là de bloquer systématiquement toute revendication, si minime soit-elle, même celles de la légalité la plus simple. Car, il faut le dire: les Établissements Novella, en ce qui a trait à leurs devoirs envers les travailleurs, sont totalement illégaux. Pendant près de leurs cent ans d'existence, ils n'ont jamais procuré ni bonus, ni congé payé, ni congé maladie aux travailleurs. Actuellement, les conditions de travail qui continuent d'être immondes sont dénoncées par la loi, ce Code du Travail de Duvalier, instrument rétrograde s'il en est, qui, à cet établissement, n'est même pas respecté dans aucun des aspects se référant aux devoirs des patrons envers les travailleurs. Des centaines de femmes, jeunes et vieilles, accroupies au sol, trient quotidiennement le café, dans un éclairage insuffisant, une atmosphère suffocante, au son des cris injurieux des patrons et de leurs "commis". En grosse sueur, quelques dizaines de travailleurs chargent et déchargent les sacs de cette denrée au pas de trot. Aucune protection contre les accidents, aucun bénéfice social. Les toilettes de fortune construites à la va vite à l'apparition de la mobilisation syndicale, sont immédiatement devenues inutilisables et infestent maintenant tout le quartier environnant. L'eau de puits polluée est laissée à l'intérieur d'un large récipient sous le soleil. La cadence de travail est infernale, nul n'a le temps de souffler, nul n'a le temps de manger!

Un travail d'esclave, où ne figure même plus aucun règlement.

Mais le pire est peut-être l'ensemble des rapports humains qui existent à l'intérieur de l'établissement où Daniel Zéphir, plus spécifiquement, se plaît à hurler sur les ouvriers, les traitant de tous les noms et allant même jusqu'à leur exiger qu'ils baissent les yeux quand il s'adresse à eux ou même quand il passe près...!

Une attitude totalement caractéristique de colon mais qui subsiste en plein XXe siècle!

Les frères Zéphir se targuent de vouloir devenir des "investisseurs" dans cette région nord du pays, grâce à la fortune qu'ils ont entassé et continuent d'accumuler de la sorte. Cela nous laisse une idée de comment ils comptent traiter leurs futurs ouvriers.

Mais cela nous laisse aussi une idée du type de démocratie qu'entendent exiger ces bourgeois. Car il restera toujours impossible de ne rien pouvoir même entrevoir d'un minimum de vie démocratique si subsistent ces remparts esclavagistes qui marqueront par leur profondeur fondamentale toutes les autres relations de travail du pays.

Il y va du moment historique que nous traversons.

Actuellement, sous des menaces constantes et des manoeuvres de toutes sortes de la part de la direction, le Comité du Syndicat essaie de faire respecter au moins les prescrits du Code du Travail, ces revendications strictement légales et fixées même par Duvalier: de l'eau saine, pouvoir manger, des relations tant soit peu humaines...

Ceci ne s'obtiendra pas du jour au lendemain, mais votre SOLIDARITÉ combative pourra aider à ce que cette administration change ses méthodes répressives et archaïques de direction.

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