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VISITE D’UNE DÉLÉGATION BRÉSILIENNE EN HAÏTI

Du 26 juin au 3 juillet 2007, une délégation brésilienne nous a rejoint en Haïti. Faisant suite aux deux présences de Batay Ouvriye au Brésil, nous avions formulé à la CONLUTAS l’intérêt d’une telle visite, tenant compte de la relation particulière existant présentement entre nos deux pays et vu la position de rejet de l’occupation qu’avait en maintes fois exprimé publiquement cette Coordination de luttes.

La délégation était composée de vingt personnes, représentants syndicalistes pour la plupart, mais aussi membres d’associations paysannes, de professionnels, d’étudiants, de regroupements de quartiers, de femmes, de retraités, d’organisations luttant contre le racisme… et, enfin, de partis politiques, tels le PSTU (Parti Socialiste des Travailleurs Unifiés) et le PSOL (Parti Socialisme et Liberté). Des journalistes et photographes accompagnaient également le groupe. Tous faisant partie de la CONLUTAS (Coordination Nationale de Luttes), organisation ayant pris naissance à partir du « Congrès National des Travailleurs (CONAT) », les 5, 6 et 7 mai 2006.

Cette délégation a d’abord rencontré différents responsables de Batay Ouvriye à Port-au-Prince et au Cap-Haïtien. Puis, participé à des assemblées ouvertes et sur invitations larges, à Port-au-Prince, Cap-Haïtien et Ouanaminthe, avec des ouvriers et travailleurs de diverses catégories, formant partie de Batay Ouvriye ou non.

Elle a aussi rencontré le milieu universitaire. D’abord au cours d’une assemblée ouverte d’étudiants principalement à la faculté d’Ethnologie, avec présentation du doyen ; puis au rectorat, en présence du recteur et du vice recteur à la recherche et de certains professeurs qui, sur invitation du rectorat lui-même, participaient à la rencontre.

À l’auditorium de Saint Martial, le secteur des droits de l’homme principalement, des organisations de défense de travailleurs ou de solidarité de genre, ainsi que des représentants de partis politiques, ont répondu présents dans une réunion ouverte au public en générale.

Les membres de la délégation voulant également présenter leur position aux autorités nationales et internationales, des entretiens ont été réalisés avec le président de la République, avec l’ambassadeur du Brésil puis du Chili, la direction du travail du ministère des Affaires Sociales et la direction des zones franches du ministère du Commerce et de l’Industrie.

Partout et de manière égale, les délégués des travailleurs brésiliens ont fait connaître leur position sur l’occupation qu’ils dénoncent non seulement en tant que violation de notre souveraineté de peuple, mais encore parce qu’en appui concret au projet d’exploitation et de domination pour lequel se préparent depuis longtemps déjà les multinationales impérialistes (du textile en particulier) relayées par leurs gérants locaux et les gouvernements nationaux à leur service. Ce projet d’exploitation est si cruel et antagonique et l’incapacité des classes dominantes haïtiennes et de leur État réactionnaire si flagrante, que l’occupation pour y mettre bon ordre et veiller à sa réalisation s’avère pour eux nécessaire.

C’est ce même projet que les classes dominantes du Brésil ainsi que les gouvernements réactionnaires qui les accompagnent toujours fidèlement, sont en train actuellement de chercher à implanter aussi chez eux. Il s’agit donc d’une lutte commune où l’ennemi des travailleurs et des peuples est le même partout, la situation globale similaire, même si les spécificités de chaque pays y apportent des particularités propres, notamment le fait, justement, que ce sont aujourd’hui des forces militaires latino américaines, sous commandement brésilien qui, en notre pays, confirment cette domination de classe, dans le cas extrême d’une occupation, honteuse pour les deux parties.

La récente présence à la zone franche de Ouanaminthe du fils du vice président brésilien qui, en son pays, est le propriétaire de la plus grande usine d’industrie textile ; le lancement - du moins en intention - du projet éthanol, par les présidents américain et brésilien ; les différents traités de « libre échange » ; et le processus de privatisation forcenée des services publics ; font état de cette dynamique globale d’exploitation et de néo-libéralisation que l’impérialisme multinational cherche à imposer aux peuples dominés en général et aux mains d’œuvres ‘à bon marché’ en particulier, utilisant cette dernière comme ‘avantage comparatif’ dans le cadre de la compétition capitaliste internationale, sous les dictats impériaux, gouvernements et institutions financières à l’appui.

La « Lettre au Peuple Haïtien » apportée par les membres de cette délégation amie, lue et remise à toutes les rencontres, rend compte de cette logique et de leur appui partisan, clair et historique. Elle se trouve en annexe, en original et traduite.

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Il est à noter la diversité de réception enregistrée aux différentes réunions.

En effet, aux rencontres populaires, aux rencontres des travailleurs, ceux-là mêmes qui pâtissent tant de l’exploitation bourgeoise qui les maintient de manière chronique dans un état de misère extrême, que des attaques meurtrières de la MINUSTAH qui appuie sans réserve cet état de choses, ont tous haut et fort applaudi les déclarations des camarades brésiliens dénonçant si clairement les causes de leurs souffrances et leur apportant une solidarité plus que fraternelle, signe d’une unité de peuples en devenir et de luttes communes en germes. Chants, paroles ouvertes et réflexions appropriées remplissaient les salles combles : une région se crée sous nos yeux, une patrie de type nouveau se fait sentir. Un des camarades brésiliens allant jusqu’à dire que si, un jour, le peuple haïtien se lèverait contre ce projet de domination, d’exploitation et d’occupation du capital multinational et, dans ce geste héroïque et historique, brulerait le drapeau brésilien, il serait aux côtés des travailleurs haïtiens !

En milieu petit bourgeois, les hésitations de nature et les querelles internes entre fractions ont paru les plus fortes et ont, par cela même, rendu le débat globalement plus terne et, naturellement, plus mitigée l’adhésion à cette position, pourtant historiquement si importante, même si certains intervenants ont fait preuve, au contraire, d’une clarté théorique et d’une vigueur patriotique intéressantes.

Inutile de dire que les autorités haïtiennes comme latino américaines ont essayé avec des arguments fuyants et, par ailleurs très faibles, de soutenir une position indéfendable. Les responsables latino américains, de leur côté, faisant preuve d’une condescendance à l’adresse du peuple haïtien, à laquelle nous ont déjà habitué les « grands voisins du Nord », pour s’étaler et s’épanouir eux-mêmes et, une bonne fois, masquer leurs objectifs réels d’exploitation et de domination. Les autorités haïtiennes, elles, n’ont pas manqué de démontrer leur pénible soumission et la démission totale qui est la leur. Certains allant jusqu’à dire qu’ils étaient eux aussi « contre l’occupation » mais que celle-ci était « nécessaire », démontrant, par cela même, non seulement l’inconsistance et l’incohérence de leur position d’ « autorités d’une Nation », mais faisant preuve aussi d’une irresponsabilité avancée : devant l’incapacité totale qui est la leur, ils préfèrent s’en remettre à la fatalité de la situation. Le président de la République lui-même, devant les questions qui lui étaient faites sur cette contradiction pour lui inextricable, ne put répondre de façon significative.

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Des menaces et intimidations accompagnèrent cette rencontre de peuples (voir notre « Communiqué » s’y référant). Ce n’est qu’un signe de la « démocratie » et de l’ « État de droit » dont se gargarise cette bourgeoisie.

Pendant que la presse  « indépendante » brillait par son absence. Il n’y eu que la TNH à couvrir deux évènements (l’assemblée ouverte de la faculté d’Ethnologie et, plutôt brièvement, celle à l’auditorium de Saint Martial), Alterpresse étant, elle, la seule à avoir assisté à la conférence de presse finale qui se tint en nos locaux de Delmas. Une invitation générale avait pourtant été adressée à tous incluant le programme public dans son entier. Sans commentaire.

BATAY OUVRIYE

Port-au-Prince, ce mercredi 11 juillet 2007



CARTA AO POVO DO HAITI



“Nenhum povo pode ser livre se oprime outro povo.”

Mais uma vez, o Haiti está sendo ocupado, agora, por tropas latino-americanas. São países oprimidos oprimindo um povo ainda mais oprimido.

Debaixo do falso manto da defesa da democracia, impõe-se a opressão, a exploração, a miséria, manchando o solo de vosso país com sangue de vosasa gente.

Na realidade, uma intervenção que fere a soberania de vosso povo, permitindo ao imperialismo explorá-lo ainda mais e transformar o território haitiano em uma plataforma de exportação dos produtos das empresas multinacionais.

O governo brasileiro de LUIZ INÁCIO LULA DA SILVA detém o comando das tropas militares neste território, cumprindo assim um nefasto papel de agente do imperialismo opressor. Os trabalhadores e o povo brasileiro não respondem por este crime.

Ao contrário, ao heróico povo haitiano, que protagonizou a primeira e única revolução de escravos vitoriosa, a primeira nação a conquistar a independência na América Latina, que com bravura enfrentou tantas ditaduras em sua História e que acolheu Simon Bolívar fortalecendo seus ideais de liberdade, queremos dizer que:

Estaremos juntos na luta pela desocupação do vosso território e seremos mais que solidários, pois somos parte de uma mesma luta.
Embora à distância, travamos uma única batalha contra a colonização
imperialista. Acreditamos, como Sandino, que Liberdade não se pede, se conquista...

Nós, que assinamos esta carta, estamos no teatro de operações, somos parte
deste cenário. Partilhamos as angústias e os sofrimentos do vosso povo e também nos somamos na trincheira da resistência, da busca da autodeterminação de nossos povos.

Sonhamos o mesmo sonho de liberdade. A vossa luta é a nossa luta, a vossa vitória é a nossa vitória, a liberdade de um povo é motivo de júbilo em toda a humanidade.


Pela imediata retirada das tropas brasileiras e de outros países do Haiti.
Pela autodeterminação do povo haitiano



LETTRE AU PEUPLE HAÏTIEN


"Aucun peuple ne peut être libre s’il opprime un autre."

Voici qu’encore une fois Haïti est occupée! Mais, cette fois-ci, ce sont des troupes latino américaines qui s’en chargent. Un pays opprimé opprime un autre qui l’est encore plus.

Sous une fausse couverture de "défense de la démocratie", il impose une oppression, une exploitation, une misère, salissant le sol de votre pays avec le sang de vos gens.

En réalité, cette intervention foule au pied votre souveraineté, dans le but de permettre à l’impérialisme d’exploiter les travailleurs et transformer le territoire haïtien en une plateforme d’exportation des produits des entreprises multinationales.

Le gouvernement de LUIZ IGNACIO LULA DA SILVA a le commandement des troupes militaires internationales sur ce territoire, accomplissant ainsi un rôle néfaste d’agent de l’impérialisme oppresseur. Les travailleurs et le peuple brésilien ne répondent pas de ce crime.

Au contraire, à l’héroïque peuple haïtien, premier et unique à avoir réalisé une révolution d’esclaves victorieuse, premier également à avoir conquis son indépendance en Amérique Latine et qui, avec bravoure, a fait face à tant de dictatures durant son Histoire et a accueilli Simon Bolivar, renforçant ses idées de liberté, nous disons:

Nous serons avec vous dans la lutte pour la désoccupation de votre territoire, et nous serons plus que solidaires, car nous sommes tous partie d’une même lutte.

Quoiqu’à distance, nous menons tous une seule et même bataille contre la colonisation impérialiste.

Avec Sandino, nous pensons que la liberté ne se demande pas, elle se conquiert...

Nous, sous signés, nous sommes sur le théâtre des opérations, nous sommes partie de cette scène. Nous partageons les mêmes angoisses, avons avec vous les mêmes souffrances et nous sommes également à l’intérieur des tranchées de résistance, à la recherche de l’auto détermination de nos peuples.

Nous partageons le même rêve de liberté.

Votre lutte est notre lutte, votre victoire sera la nôtre: la libération d’un peuple est motif de réjouissance pour l’humanité entière.

Pour le retrait immédiat des troupes brésiliennes d’Haïti.
Pour l’auto détermination du peuple haïtien.

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