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15 mai 2006

APPEL À LA SOLIDARITÉ

BRASSERIE LA COURONNE - COCA-COLA HAITI :

UNE PRATIQUE RÉPRESSIVE GÉNÉRALE CONTRE LES TRAVAILLEURS !

Après plusieurs mois de tentatives de négociations, l’Intersyndicale Premier Mai Batay Ouvriye et le Syndicat des Travailleurs de la Brasserie La Couronne – Branche Nord se trouvent dans une situation où, plus de 6 mois après la première notes que nous avions diffusé en novembre 2005, nous sommes obligés de passer à une autre étape pour publiquement dénoncer la Brasserie La Couronne – Coca-Cola Haïti. Aujourd’hui, donc, nous élevons la voix pour lancer un APPEL À LA SOLIDARITÉ à tous les progressistes concernés d’Haïti et du monde entier.

La raison précise qui explique cette situation est le fait que, depuis le début de cette année 2006, bien que le propriétaire de l’usine, M. Raymond Jaar, ait promis de considérer les revendications des ouvriers et de répondre positivement sur les divers points posés en décembre de l’année dernière, actuellement, après divers actes antisyndicaux, il a décidément coupé le contact avec nous et refuse même de recevoir les représentants de notre organisation syndicale. Bien que les travailleurs de la Branche Nord de cette compagnie se soient soulevés collectivement en diverses occasions, par arrêts de travail et grèves légales, les patrons ont non seulement choisi de les ignorer, mais sont même arrivés à faire des révocations antisyndicales, qui ont d’autant plus crispé tous les travailleurs de l’entreprise.

Nous voulons informer le public en général que cette BRASSERIE LA COURONNE– COCA COLA HAITI SA A, FIGURE PARMI LES PATRONS LES PLUS ILLÉGAUX ET RÉPRESSIFS D’HAITI.

Les salaires, à cette Brasserie, sont effroyables ! Les patrons profitent des travailleurs au maximum, les faisant bourriquer sans que cela ne rapporte quoi que ce soit aux ouvriers. Même les gardiens aux barrières, appelés ‘manutentionnaires’ par les patrons, ne touchent que 100 gourdes (US $2.50) par jour pour 12 heures de travail par jour. Les heures supplémentaires ne sont pas payées, voire une fois et demie plus tel que prévu par la loi. Les patrons volent ainsi quatre heures de travail des ouvriers chaque jour ! Quant à ceux qui soulèvent les caisses de bouteilles : ils ne perçoivent qu’un « salaire de base » de 1000 goud le mois, donc 50 gourdes par jour  ($1.25!!!), CE QUI EST FRANCHEMENT ILLÉGAL. Les journées où les travailleurs ne peuvent travailler (en cas de panne des camions, ou si l’un des chauffeurs tombe malade…) tout ce qu’ils perçoivent est ce salaire de 50 gourdes, donc : moins que le salaire minimum ! La loi est pourtant claire : c’est le salaire de base qui constitue le salaire, toute autre forme de rémunération n’est qu’encouragement et ne saurait compter comme salaire fixe ! Maintenant, au ‘salaire de base’, est supposément ajouté une commission sur les ventes. Pour les ouvriers, seul le salaire de base les concerne – les commissions sur la vente ne sont qu’à l’avantage des patrons. Car : sur chaque caisse de 24 bouteilles vendues,  les travailleurs ne perçoivent que 3 centimes de gourde !  Donc, 300 gourdes ($7.50) pour chaque mille caisses vendues. Aux saisons de pointe, ces milles caisses peuvent se vendre en trois jours, mais à d’autres moments, cela peut prendre une semaine. En moyenne, disons que 60 gourdes s’ajoutent au salaire journalier de 50 gourdes, ce qui donne 110 gourdes par jour ($2.75) – une misère face aux martyres des ouvriers de la  Brasserie La Couronne – Coca Cola Haiti!!!

Bouteilles cassées … sont de la responsabilité des ouvriers! Contraventions, pour avoir tenté de livrer la marchandise dans des conditions de rue étroites…. leur reviennent ! On travaille le samedi, en plus de la semaine, sans toucher le dimanche ! Les employés de La Couronne – Coca Cola Haïti n’ont pas de jours congé. Même les 15 jours de congé  maladie ne sont pas respectés ! Quant aux heures supplémentaires, n’en parlons pas. Des soustractions sont faites aux salaires pour l’Assurance Viellesse et l’Assurance Maladie, sans qu’aucun travailleur ne connaisse leurs destination, ni leur utilité.

Les licenciements sont légion, sans explication. La principale revendication des travailleurs de la Branche Nord, actuellement, est la réintégration avec arriérés de paiement de Philomé Cemérant, le trésorier du syndicat, un travailleur sérieux respecté par tous les ouvriers et qui a été licencié dès la mise sur pied du syndicat vers la fin de 2005, sous le prétexte bidon suivant : « Par la présente, nous confirmons que vous ne faites plus partie du personnel de la Brasserie de la Couronne S.A. depuis le 5 novembre 2005 pour refus d’obtempérer aux indications, ordres et instructions du Directeur du Centre de Distribution Nord ». Même le Ministère des Affaires Sociales eut à répondre ainsi à La Couronne:

« La Direction du Travail du Bureau Régional Nord du Ministère des Affaires Sociales et du Travail vous présente ses vives félicitations… et elle profite de l’occasion pour recommander le nommé Cémérant Philomé à votre bienveillante attention… Le Ministère des Affaires Sociales et du Travail a un rôle de protection et de promotion d’emplois, mais surtout d’amener les parties à s’asseoir sur la table de négociations à la réconciliation. C’est pourquoi, nous avons effectué une visite d’inspection le mardi 8 novembre dernier à Brasserie la Couronne afin d’éviter l’éclatement d’un conflit sérieux au sein de cette institution. Nous convenons avec vous qu’une fois nommé, l’employé peut-être révoqué. Vous conviendrez tout aussi bien avec nous que l’erreur est du domaine de l’homme, puisque, messieurs Séraphin et Mentor, représentants de la Brasserie dans le Nord, ont dit et nous citons : ‘Cémérant Philomé, manutentionnaire depuis 4 ans et 3 mois fut un bon employé et survient brusquement un changement ces derniers mois.’ Ainsi, la Direction du Travail vous aurait demandé, si possible, de réintégrer ce dernier dans sa fonction tout en faisant des excuses. »

Il n’y a pas que le cas de Philomé Cémérant. L’année dernière, la compagnie licencia et fit arrêter brutalement Gérard Petit-Frère qui passa plus de 2 mois en prison, après lesquels il fut libéré sans même avoir été jugé.

Rappelons que dès 2001, le Comité des Travailleurs de La Couronne Port-au-Prince signalait ce qui suit :

« Les gazeuses de la Couronne sont douces à boire, mais ce produit est réalisé dans des conditions d’exploitation féroces, dans le cadre de pratiques carrément illégales. Et les bourgeois propriétaires de LA COURONNE sont bien à l’aise, dans le cadre d’une impunité complète. Nous pouvons demander ce que l’ouvrier peut faire avec cinquante gourdes aujourd’hui, surtout s’il est obligé de travailler pendant douze heures ? Voyons cela : l’ouvrier est obligé de manger à crédit. S’il doit, pour satisfaire sa faim, consommer trois petits plats de nourriture, alors, c’est 3 fois 15 gourdes. Il n’en est pas capable ! Le matin, il est souvent obligé de prendre un spaghetti de quinze gourdes avec un jus de cinq gourdes. Si cela ne lui est pas possible, il prend un pâté de cinq gourdes avec un jus, parfois il y ajoute un cola acheté dans la matinée. En plus de tout cela, il dépense au moins six gourdes de transport. Vu qu’il travaille douze heures de temps, il faut bien qu’il se nourrisse, il cesse de penser à tout cela. Qu’est-ce qu’il reste ? Dans les conditions où l’ouvrier dépense le moins possible, il lui reste quatorze gourdes (s’il prend un pâté le matin) ; il lui reste quatre gourdes s’il prend un spaghetti. Ainsi il se reproduit pour revenir se faire exploiter le lendemain matin. Mais ce n’est pas tout. En considérant la question du salaire, il faut se rappeler qu’il devrait s’agir d’un salaire pour une semaine de quarante-huit heures de temps. D’autres conditions sont applicables  pour le travail du dimanche et des jours fériés. Là encore, la compagnie Brasserie la Couronne est ILLÉGALE. Elle ne respecte nullement la loi : les ouvriers touchent comme s’il s’agissait de journées normales. Ils ne sont pas payés suivant les stipulations du Code du Travail. Certains travaux se font aux prix d’importants déplacements. Ceci est particulièrement vrai pour les travailleurs qui transportent les colas dans des zones éloignées de Port-au-Prince. Dans ces cas, le salaire demeure invariable et les travailleurs souvent ne s’alimentent pas. Parfois, les chauffeurs perçoivent certains « frais ». Mais il ne s’agit que de cinquante gourdes, souvent à partager en deux. Donc, la situation est encore plus grave dans ce genre de situation. En général, on travaille six jours sur sept. Mais facilement, on force les ouvriers à venir travailler les dimanches et les jours fériés, autant que nécessaire. Et ils sont payés les mêmes cinquante gourdes, sans tenir compte du fait que quand on travaille six jours, le septième doit être payé, sans compter que les jours fériés sont plus chers que les journées normales. »

AUJOURD’HUI, NOUS DISONS: LA BRASSERIE LA COURONNE – COCA COLA HAITI EST UN EXEMPLE D’IMPUNITÉ PATRONALE ET D’ABUS ANTI-SYNDICAUX EN HAÏTI! IL EST TEMPS QUE CELA CESSE!

Nous demandons la réintégration immédiate de Philomé Cémérant, avec le paiement des arriérés de salaire que la compagnie lui doit. Nous demandons l’ajustement salarial des ouvriers de la Brasserie, le respect des ouvriers et l’amélioration des conditions de travail des ouvriers, particulièrement le respect du droit syndical.

Nous ajoutons, de plus, qu’il est clair pour nous que la compagnie Coca-Cola internationale est complice dans cette situation. C’est elle qui est impliquée dans la persécution des syndicalistes Colombiens qui ont même été assassinés, et qui finance des escadrons de la mort. C’est elle que les étudiants conscients des universités étasuniennes cherchent à faire interdire les ventes sur les campus, tant cette compagnie est abusive envers les travailleurs. C’est cette même compagnie qui détourne et empoisonne l’eau des populations d’Inde, à tel point que ces populations se sont soulevé collectivement. Déjà, en février dernier, l’Union Internationale des Travailleurs de l’Alimentaire (UITA) a interpellé Coca-Cola International sur les abus de Coca-Cola Haïti.

*

Camarades ouvriers, travailleurs, progressistes – Camp du peuple en général !

Cet appel est pour vous informer que les abus de Raymond JAAR et de la compagnie  Coca-Cola dépassent les limites ! Jaar considère qu’Haïti lui appartient, pourtant Haïti a changé. Nous ne pouvons plus continuer à supporter de tels abus qui nous sont imposés par ces millionnaires, ni l’impunité qu’ils affichent. C’est pourquoi nous vous demandons de dénoncer ces méfaits sur les ondes nationales et internationales, et de lui écrire pour lui signifier votre désaccord avec ses actes. Vous pouvez le contacter aux coordonnées suivantes :

Brasserie de La Couronne, S.A.

Coca-Cola Bottling Company of Haïti

P.O. Box 1477, Port-au-Prince, Haïti

Phones : (509) 250-4264 / 250-7215 / 250-7225

Fax : (509) 250-0212

E-mail :  raymondjaar@bracour.com / cblanchett@bracour.com

Voici un exemple de lettre que vous pouvez envoyer à la compagnie – vous n’avez qu’à le copier-coller dans un email adressé à raymondjaar@bracour.com

M. Raymond JAAR

PDG Brasserie de La Couronne S.A.

Coca-Cola Bottling Company of Haïti

P.O. Box 1477, Port-au-Prince, Haïti

raymondjaar@bracour.com

M. Jaar,

J’ai été informé des abus perpétrés par votre compagnie contre les droits des travailleurs, en particulier le salaire illégal de 50 gourdes par jour et les abus anti-syndicaux. Vous devriez savoir, M. Jaar, que ce type de pratiques illégales se heurte à la dignité humaine fondamentale et ne saurait continuer ni en Haïti, ni dans le monde. C'est pourquoi je vous demanderais, sans délai, de prendre les mesures nécessaires afin de rectifier à cette situation à la Brasserie La Couronne – Coca-Cola Haïti. Le salaire de base des ouvriers doit être correctement ajusté et Philomé Cémérant retourné à son poste immédiatement, avec paiement des arriérés qui lui sont dus.

Dans l’espoir que vous prendrez ces mesures dans l’esprit d’avancement social en Haïti, recevez, Monsieur, mes salutations respectueuses.

__________________ (Signature)

Cc : Batay Ouvriye , BP 13326, Delmas, Haïti – batay@batayouvriye.org

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