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11 / 07 / 2006

LE POINT SUR LES AGISSEMENTS ABUSIFS À L’ENCONTRE DES TRAVAILLEURS

DE LA COMPAGNIE « LA COURONNE » / COCA-COLA HAÏTI.

Une fois le Syndicat des travailleurs de la Brasserie La Couronne monté, des négociations ont eu lieu entre la Direction Nord de la compagnie et le Syndicat des travailleurs de la firme dans cette région. Ces derniers, en effet, ont adressé en maintes fois toute une série de revendications à la direction, qui n’ont jamais été tenues en considération concrètement. Les négociations n’ayant jamais pu aboutir, les ouvriers réalisèrent donc un arrêt de travail, strictement légal, pour défendre leurs droits. C’est alors que fut congédié arbitrairement et sans médiation du Ministère des Affaires Sociales l’un des dirigeants du syndicat, M. Philomé Cémérant, sous prétexte de violence, intimidations et menaces ;  allégations réfutées catégoriquement par les travailleurs qui attestent que celui-ci ne faisait que répondre aux pressions de la direction. L’intervention du Ministère des Affaires Sociales ayant sérieusement questionné les parties et analysé la situation, termine par la demande de réintégration du travailleur. Ce qui ne fut, malgré tout, aucunement pris en considération par la direction de l’entreprise.

Une première négociation eut alors lieu entre les délégués de Batay Ouvriye et la direction centrale de l’entreprise, à Port-au-Prince et, par la suite de son échec, un appel international de solidarité était lancé. Ensuite, eut lieu une seconde conversation, téléphonique cette fois, entre la direction centrale et l’un de nos délégués. C’est alors que cette direction consentit à envoyer une délégation au Cap-Haïtien discuter de l’ensemble de revendications du syndicat, dont la révocation abusive de M. Philomé Cémérant, les salaires de base et les relations de travail, entre autres. Le compte rendu de cette réunion, rédigé par un des membres de la délégation centrale même, constitue une pièce du dossier. On peut y lire, parmi les discussions, les positions de la direction réitérées à l’occasion.

Entre temps, des lettres internationales d’intervention ayant été envoyées à la direction de la brasserie demandant le respect des droits des travailleurs, la Brasserie La Couronne / Coca-Cola Haïti expédie une lettre responsive à tous ceux qui lui ont écrit. Les positions de la direction s’appuient principalement sur le fait que ce ne sont que des «fausses déclarations/accusations  » qui sont perpétrées à son encontre. Et, à la réunion tenue au Cap-Haïtien, les représentants de la direction soutenaient que si cette campagne n’avait pas été réalisée, la direction aurait pu considérer la réintégration de M. Philomé Cémérant, jugeant globalement que la réputation de la compagnie était de fait « dénigrée ». La réponse des ouvriers (Annexe 1) aux contre-vérités de la Direction est cinglante.

En plus de cette nouvelle démonstration soutenue du Syndicat des faits qu’elle a avancé, Batay Ouvriye considère utile d’apporter aussi quelques éléments additionnels de clarification.

  1. L’argument soutenant que, globalement, sans la campagne internationale, la direction aurait pu considérer la réintégration de M. Philomé Cémérant, est, d’abord, une tentative ouverte d’intimidation, attaquant ainsi la rotule importante dans la lutte des travailleurs qu’est la solidarité internationale agissante. Il tente, ensuite, à faire « subir » au travailleur les conséquences d’une action qui est plus large que la sienne directement. Ceci est indécent. D’autant qu’il cherche, enfin, et par ce fait, à séparer les actions de lutte des ouvriers de celles de leur centrale syndicale, en insinuant que sans l’intervention de celle-ci, il n’y aurait pas eu trop de problèmes. En conclusion : il s’agit là d’une insidieuse tentative de sape de l’organisation des travailleurs dans sa globalité.
  2. Mais, de plus, face à cette évolution de l’argumentaire de la direction de la Brasserie, on se demande finalement pourquoi M. Philomé Cémérant n’a pas été réintégré :

·        Pour avoir agi dans la défense de ses droits (comme le considère, en fait, le Ministère de Affaires Sociales - Région Nord dans sa lettre à la direction) ?

·        Pour avoir répondu à des provocations de la direction nord de la compagnie (comme la direction centrale semble aujourd’hui être convaincue, puisqu’elle utilise un autre argument pour maintenir sa position) ?

·        Ou, justement, parce que Batay Ouvriye a réalisé une campagne internationale de soutien ?

L’argument de la direction de la Brasserie La Couronne / Coca Cola pour soutenir la révocation du travailleur oscille donc. S’agirait-il alors de contre-vérités qui, au fur et à mesure, se dévoilant d’elles-mêmes, requièrent des changements d’argumentation ?

  1. On est édifié à ce sujet, finalement donc, quand on apprend que le manager de la Brasserie supposément attaqué par Cémérant à l’époque, a été par la suite lui-même licencié. N’y a-t-il donc pas lieu de questionner ses allégations antérieures ? La Couronne / Coca-Cola Haïti n’a toujours pas fait le point sur le licenciement abusif de Philomé Cémérant.
  2. La compagnie s’autoproclame la plus « respectable » d’Haïti, « reconnue par la Communauté Haïtienne ». On demeure perplexe à savoir qui est cette « Communauté Haïtienne » dont elle s’érige en porte-parole. Elle se dit « la plus ancienne »…, ce qui est, par ailleurs, manifestement faux puisque bien d’autres compagnies haïtiennes datent d’avant l’occupation américaine (1915-1934). Elle induit, de plus, dans l’erreur, puisqu’elle sait fort bien que l’ancienne Brasserie La Couronne d’avant 1983 appartenait à Brandt et non pas à l’actuel propriétaire Jaar. Mais au-delà de ses mesquines contre-vérités d’introduction : quel rapport y-a-t il donc entre tout cela et le traitement des ouvriers dans cette boite ?
  3. La Couronne/Coca-Cola Haïti ment encore en affirmant ne pas employer de gardiens de barrière. Le cas de Philomé Cémérant, qui a formellement rempli ce rôle à la branche nord durant de nombreuses années, en est la preuve.
  4. Elle étale sa méconnaissance du salaire minimum national en rapportant que les ouvriers « parlent d’un salaire de 50 gourdes par jour, soit 70 gourdes de moins du salaire minimum » - qui serait donc de 120 gourdes et non pas 70 gourdes tel que publié par le journal officiel de la République, « Le Moniteur », le 17 avril 2003 ?!! Les bas salaires qu’elle paie aux travailleurs seraient alors graves encore.
  5. Les sérieuses et fort inquiétantes lacunes arithmétiques de la compagnie sont étalées au grand jour puisqu’on peut lire qu’un mois de salaire (donc 30 jours) à 9,600 gourdes reviendrait à 900 gourdes par jour, et non pas 320 !
  6. La compagnie est de mauvaise foi quant elle avance la réunion de décembre 2005 (celle tenue à Port-au-Prince avec des délégués de Batay Ouvriye ) comme preuve de sa volonté de négociation, car elle sait pertinemment, pour avoir lu notre appel à la solidarité, que nous dénoncions précisément la rupture du dialogue dès la suite de cette réunion. Il est également faux que les « seuls problèmes posés étaient les cas de Gérard Petit-Frère et Philomé Cémérant », car il était clairement dit que l’urgence de ces deux cas dictait une concentration à leur sujet, mais qu’il serait nécessaire d’y faire suite dans les meilleurs délais pour aborder les conditions de travail et les salaires, dont il est en fait principalement question pour l’ensemble des travailleurs.
  7. Essentiel, pour nous, est le fait que : la compagnie introduit volontairement une confusion entre Batay Ouvriye et le Syndicat des Travailleurs de la Brasserie La Couronne – Branche Nord, (affiliée, avec bien d’autres syndicats, à l’Intersyndicale Premier Mai Batay Ouvriye ). Bien que ni l’une, ni l’autre ne « fonctionne avec un maximum ( !!) de 10 membres » comme l’affirme de manière encore une fois fallacieuse La Couronne / Coca-Cola Haïti et irrémédiablement démenti par la liste signée des 45 ouvriers adhérents (Annexe 2), nous tenons à préciser que l’organisation Batay Ouvriye ne saurait « représenter 1% de la force du (sic) travail de la Couronne », puisque nous ne sommes pas le syndicat. Celui-ci par contre, comprenant 45 ouvriers sur 60 de la Branche Nord est, par conséquent, nettement majoritaire dans l’entreprise pour cette région et très loin du « 1% » avancé.

Quant à Batay Ouvriye , en tant que regroupement d’organisations ouvrières, paysannes, d’associations de quartiers, de syndicats et de militants, elle est présente dans au moins cinq départements sur neuf d’Haïti, ceci étant un pré-requis pour obtenir l’attestation légale du Ministère des Affaires Sociales, en tant que centrale syndicale. De plus, le film réalisé sur notre manifestation du premier mai dans la ville du Cap-Haïtien seulement (projeté à plus d’une chaine de télévision - Télé Ginen et Canal 11 notamment) est un témoignage éloquent de l’ampleur prise par cette organisation.

  1. Au sujet des relations entre La Couronne et Coca-Cola : La compagnie a tenu a souligner que « La Couronne est une compagnie composée à 100% d’actionnaires haitiens et Coca Cola ne s’implique en aucune manière dans la gestion de la Compagnie. » Cependant, l’Union Internationale des Travailleurs de l’Agro-Alimentaire (UITA – IUF, en Anglais, 340 organisations affiliées dans 126 pays et représentant plus de 10 millions de travailleurs dans le monde) nous a clairement confirmé, par lettre, que la Coca-Cola Company est internationalement considérée responsable pour l’ensemble du système Coca-Cola, incluant ses embouteilleurs.

Tout en réaffirmant que les négociations entre la Direction et le Syndicat doivent être le lieu obligé de rencontre, nous insisterons sur :

    • La réintégration du travailleur, M. Philomé Cémérant, car il n’a commis aucune des fautes qu’on veut lui imputer ;
    • L’ajustement des salaires sur les bases de la loi et du coût de la vie;
    • La cessation des abus contre les travailleurs qui sont toujours actuelles à cet établissement et la mise sur pied de relations saines et correctes de travail.

Pour Batay Ouvriye  :

                                                                                                            Yannick Etienne

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