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CRI DES TRAVAILLEURS DES COMPAGNIES DE CRÈMES GLACÉES

BON, NESTLÉ ET PETIT LAPIN («BLUE BUNNY »)

Depuis un certain temps, hommes et femmes poussent une série de chariots pour vendre des crèmes glacées à déguster. Devant les écoles, dans les lieux de concentration sociale comme le Champs de Mars, aux marchés, dans les stations de cars, lors des carnavals, et ainsi de suite, tous constituent les lieux où on peut les trouver. Mais il y a aussi une autre situation. Qu'il s'agisse des glaces BON, NESTLE ou PETIT LAPIN (« Blue Bunny »), les trois principales compagnies engagées dans ce commerce, pour vendre les glaces, ils faut pousser les chariots à travers des tas de routes en pierres, trous, mares de boue, piles de détritus et monter et descendre les collines. A cette fin, les travailleurs déambuler sous le soleil du matin au soir, promenant leur marchandise pendant plus de douze heures de temps, facilement, à travers les rues. Quand ça marche, ils vendent tout ou presque. Quand cela ne marche pas, ils ne vendent pas tout leur chargement. Actuellement, telle est la situation : il n'y a pas de vente.

D'hbaitude, beaucoup de gens prennent des glaces: elles ont bon gout, elles sont glacées. Donc, elles satisfont les acheteurs qui ont chaud sous cette grande chaleur tropicale. Mais nous devons nous poser quelques questions.

De quoi sont faites ces glaces en terme nutritifs, quels sont leurs aspects bénéfiques, nourrissants, qu'y a-t-il de bon pour la reproduction des corps et de la santé humaine ? Quelle quantité de produits chimiques et de colorants y consommons-nous ? Comment sont-elles faites ? Combien d'ouvriers/travailleurs les fabriquent et dans quelles conditions ? Comment se pose la question de l'exploitation ? A quel régime sont assujettis les travailleurs qui poussent les chariots ? Quelle domination subissent-ils ? Ces questions sont nombreuses et sérieuses. Dans ce dossier, nous ne pourront pas nous y arrêter. Nous tenterons plutôt de décrire la situation des travailleurs qui nous emmènent leur marchandise.

• DIFFICULTÉ D'ORGANISATION, DIFFICULTÉ DE LUTTE COLLECTIVE

Ces compagnies se concentrent dans la production des glaces. Elles embauchent des travailleurs pour déambuler avec leurs glaces partout à Port-au-Prince et dans les provinces. Ces travailleurs ne sont pas dans la production directe. Mais ils jouent un gros rôle dans la réalisation des profits maximums des propriétaires de ces compagnies. La situation concrète de ces travailleurs les met dans un isolement par rapport à l'un l'autre. Cela a une importante conséquence : ils ont des difficultés majeures pour s'unir, s'organiser, mener des luttes collectives. Cette situation constitue un atout principal des patrons. Ils ne penchent pas, en partant, pour le respect des droits syndicaux, tout comme tous les autres patrons qui constituent leur classe, alors là ils trouvent leur affaire. Cette situation permet de passer carrément au dessus des droits des travailleurs et de réaliser des intérêts mirobolants.

• INSTABILITÉ DU TRAVAIL

Dans cette situation, l'un des avantages trouvés par les patrons des glaces est le fait de maintenir les travailleurs dans une instabilité permanente. En fait, les travailleurs ne sont jamais employés et ne bénéficient jamais d'aucun droit, même sur papier. On les considère comme des temporaires, avec toutes les conséquences, qu'il s'agisse de la mentalité des patrons ou de leurs pratiques concrètes. Dès qu'un travailleur commence à se rendre compte de la situation, on lui retire le droit de pousser le chariot. Donc, « il ne sort plus ». On lui explique qu'il devra rester chez lui, il n'y a plus de travail pour lui. Et cela, sans préavis, sous condition, sous possibilité de recours pour poser ces problèmes avec d'autres responsables.

Ici, il est important de signaler quelques différences que nous ne devons pas négliger :

  • Chez « Blue Bunny », les travailleurs obtiennent une carte d'identification, ce qui veut dire qu'ils sont' employés. Mais, malgré tout, dans cette réalité, il n'existe pas une pratique qui permettrait de considérer le travailleur comme un employé. Il n'y a aucune idée des règlements intérieurs de l'entreprise. On n'est pas informé des époques d'embauchage. En fait, les travailleurs ne peuvent faire appel à aucune loi. Mais ils sont obligés de respecter la discipline qui leur dicte de répondre présent au travail.
  • Chez Nestlé, les travailleurs ont aussi une carte d'identification. Mais cela n'est pas généralisé. Certains travailleurs passent plus de six mois et même un an avant d'obtenir un badge. Il s'agit d'une discrimination qu'on est à mal de comprendre, mais qui permet une situation informelle où les travailleurs sont contractuels.
  • Chez Bon, la situation des contractuels crée une instabilité. Mais ce que les travailleurs arrivent à tirer d'une journée de travail est extrêmement variable et souvent terriblement bas. C'est ce qui explique que les travailleurs BON souvent prennent la décision de rester chez eux. Donc tout cela est cause d'une instabilité, particulièrement chez BON.

L'on pourrait se demander comment les travailleurs font pour accepter une telle instabilité. Mais il faudrait alors se rappeler le degré de misère qui sévit dans le pays, le degré de chômage. C'est tout cela qui est cause de la mystification, de ce travail qui n'est là que pour masquer le chômage et sucer les travailleurs jusque dans leur moelle.

• LES SALAIRES SONT PIRES QUE DES SALAIRES DE MISÈRE, ET SONT RÉALISÉS D'UNE MANIÈRE ARRIÉRÉE REMONTANT AUX ANNÉES 40 : DUR !

Les compagnies BON, NESTLE et « BLUE BUNNY » ont toutes le même régime de paiement des marchands qui se promènent vendre leurs glaces. On leur paie dix pour cent sur ce qu'ils arrivent à vendre chez BON. Chez NESTLE, on leur donne douze pour cent. Chez « BLUE BUNNY », ce n'est que huit pour cent qu'on leur inflige, mais les travailleurs parviennent à se battre et à obtenir davantage. Le pourcentage dépend des glaces. Mais en moyenne, les travailleurs arrivent à obtenir quinze pour cent, en moyenne. Non seulement il s'agit d'un salaire de misère quand on tient compte du coût de la vie, tenant compte de la situation de crise qui explique que les ventes soient si peu assures et où les travailleurs sont obligés de passer bien plus d'heures dans les rues pour vendre les glaces. Mais quand on tient compte du fait que ce salaire devrait permette aux travailleurs de se reproduire avec leurs familles, nous pouvons aller plus loin et qualifier ces salaires de misère. C'est vrai , au début, quand il y avait moins de compagnies, les travailleurs réalisaient un « petit argent », mais avec la grosse concurrence qui est survenue parmi ces compagnies, cela est devenu plus difficile. À la fin du mois d'octobre, certains travailleurs de chez Nestlé ont travaillé de huit heures du matin à cinq heures de l'après-midi, ce qui arrive à neuf gourdes en soi. Le mercredi 7 novembre 2001, un travailleur de BON a pu vendre pour un total de trente dollars. Avec le pourcentage de dix pourcent, il s'était fait trois dollars. Et il était déjà 5:30 de3 l'après-midi. Donc, il s'agit bien du régime tarifaire qui ne tient nullement compte du salaire minimum. Pire, dans le cas de BON, les responsables font des retenus sur la fiche de paie des travailleurs. Il s'agit là d'une situation extrêmement grave ! Tout cela explique que de nombreux marchands augmentent les prix des glaces pour réaliser un petit excédent et certaines compagnies sont obligés de les surveiller. Mais, pour achever un entendement du problème, il faut le lier à un autre.

• COMMENT SE POSE LA RESPONSABILITÉ DES MARCHANDISES ?

En fait, dès que les marchandises sont remises aux travailleurs, toutes les responsabilités leur reviennent. A un moment pareil où les voleurs pullulent les rues comme des mouches, toute perte d'argent ou de marchandises doit être remboursé par les marchands, sans recours ni considération. Souvent, en remettant les marchandises aux travailleurs, il y a erreur. Ceci est courant, surtout vu le nombre de travailleurs qui attendent la marchandise, particulièrement chez BON. Dans ce genre de cas, c'est toujours aux frais des travailleurs.

Dans certains cas, à cause de problèmes de batteries ou d'assiettes (ce qui tient les glaces au frais pendant une journée), les glaces fondent pendant qu'elles sont aux mains aux travailleurs. En général, si cela a déjà a été prévu avant que le travailleur ne sorte, le chariot ne sort pas ; mais en de nombreuses circonstances, surtout quand il pleut et les chariots se mouillent, ils sortent quand même. Là encore, les travailleurs de glace ne peuvent pas les récupérer. Ainsi donc, les parasols ne sont pas seulement destinés à protéger les travailleurs du soleil et de la pluie, elles sont essentiellement prévues pour empêcher à l'eau de pénétrer les chariots et fondre les glaces. Tout cela réduit les rentrées des travailleurs. Dans ce sens, tout cela explique que les salaires réels des travailleurs est moins qu'un salaire de misère.

Actuellement, où les gens n'achètent plus de glaces en grande quantité, les travailleurs passent plus de douze heures sans rentrer cinquante gourdes. Il est important de comprendre que les patrons se font l'argent des glaces, mais en même temps il faut voir qu'ils le réalisent au prix de douze heures de travail d'affilée. Dans ces conditions, quand on tient compte que la journée de travail normale est de huit heures et que les reste constitue des heures supplémentaires, on peut affirmer que même le salaire minimum n'est pas payé. Et certainement, cela est très dur.

Il existe certains cas où les travailleurs se soulèvent pour demander la négociation d'un salaire fixe. Les patrons refusent ferme. On peut dire que pour que les glaces arrivent sur le marché et puissent être vendues, les patrons baignent dans des pratiques illégales. Et ils exploitent les travailleurs jusqu'aux os. Une situation qu'il nous faut dénoncer avec force. Ce genre de situation nous ramène aux années 50 où les marchands de pâté touchaient dix centimes par gourde, intolérable. Il est vrai que c'est ainsi que les bourgeois haïtiens entendent fonctionner. Mais les travailleurs doit se soulever pour faire respecter leurs droits.

• PROBLÈME DES ACCIDENTS DE TRAVAIL

Là encore, qu'il s'agisse de BON, NESTLE ou BLUE BUNNY, les patrons n'acceptent aucune responsabilité dans les cas d'accidents de travail. Ceux-ci sont légion, particulièrement chez BON et NESTLÉ. Ce travail est un risque permanent car facilement les voitures frappent les marchands, surtout les bus « Service Plus ». dans ces cas, les travailleurs sont responsables de tous frais encourus. Et nous ne devons pas oublier qu'ils sont responsables des marchandises en leur possession s'ils veulent continuer à « travailler ». Là encore, il s'agit d'une situation inacceptable. Les patrons doivent avoir une responsabilité par rapport aux travailleurs dans les cas d'accidents de travail. La loi l'exige et nous retrouvons ici aussi la même illégalité, la même impunité.

• RESPONSABILITÉ PAR RAPPORT AUX OUTILS DE TRAVAIL, LES CHARIOTS

Là encore, nous retrouvons diverses formes d'abus, de violations qui révèlent le poids de la domination subies par les travailleurs, particulièrement chez BON. Que le chariot tombe en panne dans les rues, le travailleur n'a pas de téléphone pour appeler, personne ne viendra l'aider à sortir des rues, c'est à lui de payer pour faire ramener le chariot à la compagnie. On voit ici aussi l'irresponsabilité des patrons et le fait qu'ils ne voient qu'une seule chose : sucer le sang des travailleurs, sous toute forme. Dès que le travailleur sort, tout relève de sa propre responsabilité : le chariot, les glaces, sa vie. Qu'il se démêle.

Un autre problème existe, quoique moins grave mais également sérieux. Chez NESTLÉ, parfois on donne des bicyclettes aux travailleurs, ce qui est utile surtout sur certaines routes. Mais il n'y a aucun effort pour réparer les bicyclettes. Souvent, c'est aux travailleurs de les faire réparer, s'ils veulent en bénéficier. Souvent les travailleurs sont obligés de sortir sans parasol dans les rues, bien que depuis récemment, ils commencent à les mettre. Sinon, les travailleurs sont obligés d'encourir le soleil et la pluie sans cesse.

• LES TRAVAILLEURS VIENNENT TRAVAILLER, IL N'Y A PAS DE TRAVAIL PARCE QUE LES PATRONS N'EN DONNENT PAS, LA JOURNÉE EST PERDUE, LES PATRONS S'EN MOQUENT

Souvent des problèmes de batterie ou d'assiettes réfrigérantes se posent, avec la conséquence que les chariots ne peuvent pas sortir, donc que les travailleurs perdent la journée. Aucune considération n'est consentie par les patrons. En fait, pour eux, il n'y a aucune responsabilité. Si on voit ce que prévoit la loi dans des cas pareils, on constate qu'il y a lieu d'octroyer au travailleur le salaire minimum ou du moins le salaire moyen qu'ils touchent généralement. Mais là encore, nous sommes en face d'un régime d'hors-la-loi où tout ce qui se règle est l'exploitation des travailleurs.

• MALGRÉ CETTE SITUATION, DESPOTISME ET ARBITRAIRE SONT TRÈS FORTS DANS LES RAPPORTS ENTRE TRAVAILLEURS ET PATRONS

Ils manquent de respect envers les travailleurs, leur crient dessus, les insultant, tout le temps. Il n'y a aucun respect pour eux. En fait, dans un pareil système hors-la-loi, dans un régime où les patrons ne respectent aucune norme légale, cela ne pourrait être autrement. Il leur faut ce dernier mécanisme pour les assurer que les travailleurs restent soumis à cette situation et ils l'utilisent souvent. Dans ce genre de cas, les révocations arbitraires ont lieu pour un rire, sans considération. Ils disent simplement aux travailleurs : « ALLEZ CHEZ VOUS ».

• CONDITIONS DE TRAVAIL AU MOMENT OÙ LES TRAVAILLEURS RENTRENT DANS L'ENTREPRISE

Nous avons vu le travail réalisé au quotidien, le temps passé dans les rues. Mais nous ne devons pas oublier qu'avant de s'engager dans les rues et en rentrant le soir, les travailleurs passent un temps dans l'entreprise. Dans le cas de « Blue Bunny », les travailleurs obtiennent de l'eau à boire, ainsi que des toilettes à utiliser. Mais quand on considère NESTLÉ ou BON, la situation est intolérable. Chez NESTLÉ, par exemple, il n'y a pas de toilettes convenables, ni eau potable pour les cas ou les travailleurs auraient soif. Les conditions ne répondent pas aux exigences des normes légales. Chez BON, la situation est encore plus critique, il n'y a absolument aucune toilette à l'usage des travailleurs, ni d'eau. Encore une fois, la même mentalité est à l'œuvre : exploiter, quelques soient les conditions. Et, pour exploiter davantage encore, il faut que ce soit dans les pires conditions.

• PROBLÈMES DE BONUS, CONGÉS…

Ces entreprises ne respectent pas les stipulations légales en question, surtout chez BON et NESTLÉ. Au moment des bonus de décembre, c'est comme une faveur qui est accordé aux travailleurs. On leur accorde entre soixante et cent dollars. Il ne s'agit pas du treizième mois qu'on paierait aux travailleurs en décembre. En plus, ils travaillent les jours fériés comme tous les autres jours, toujours pour le même pourcentage. Donc là aussi il y a violation et impunité.

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Actuellement, nous pouvons dire que : qu'il s'agisse de BON, de NESTLÉ ou BLUE BUNNY, tous sont sérieusement problématique. Et l'un des problèmes fondamentaux à résoudre est la disparition du statut de temporaire sur le papier comme dans la pratique. C'est à partir de là que nous pourrons attaquer nos autres problèmes. Il est vrai que NESTLÉ n'est plus la propriété de Castera, il fait partie du groupe La Couronne. Avec le nouveau directeur, beaucoup de promesses ont été faites. Mais nous connaissons ces bourgeois là, « promesse n'est pas dette, promesse est sucrerie pour endormir les travailleurs ». Donc, tout restera pareil. Nous, de BATAY OUVRIYE, nous savons ce dont sont capables les propriétaires de La Couronne. Nous avons déjà fait sortir un dossier sur la situation des travailleurs à La Couronne. Tous les travailleurs devraient le lire, ainsi ils sauraient ce qui les attend chez NESTLÉ, mais aussi quelle sorte de bataille ils auront à mener. Il est clair aussi que, dans le cas de BON, la lutte sera dure et même davantage qu'ailleurs. Les travailleurs devront y mettre leur détermination pour pouvoir avancer. Dans le cas de « BLUE BUNNY », où nous trouvons un bon nombre d'anciens travailleurs des autres entreprises, certainement il y aura des différences. Mais la lutte fondamentale pour le respect des droits des travailleurs en tant qu'employés, la lutte pour faire respecter les normes légales doit avancer. Et pour cela, il faut une coordination serrée entre les travailleurs des trois entreprises. Une seule lutte, la même lutte qui doit être menée par cette catégorie de travailleurs. AVANÇONS FERMEMENT DANS CETTE LUTTE !

A l'examen de l'ensemble de ce dossier, on voit qu'il y a un grand problème globalement, tant chez BON et NESTLÉ que chez BLUE BUNNY, même quand sur certaines questions, il y a des différences. Tout ce que nous voyons là montre bien la situation générale de cette catégorie de travailleurs, les marchands de glace. Il s'agit d'une SITUATION D'EXPLOITATION INTENABLE. Et le pire c'est qu'elle épuise physiquement les travailleurs. Globalement, ils ne parviennent pas à se reproduite. Une journée de travail est terriblement exigeante. En général, il faut beaucoup marcher, subir le soleil et la poussière, souvent monter des montagnes. En effet, parfois on trouvait quelques-uns parmi eux qui arrivaient à se faire « un petit argent ». Mais actuellement, c'est fini, ça. Tous subissent les mêmes problèmes. Et en plus, il n'y a aucune considération pour les travailleurs. Dans certains cas, on accorde une pitance aux travailleurs en fin d'année, mais d'un autre côté, les problèmes de congés, bonus, préavis… ne sont pas posés comme l'exige la loi. En fait, il n'y a pas de contrat même quand le travailleur travaille constamment depuis plus d'un an et avec badge d'identification.

Une telle situation s'enracine dans la situation de misère généralisée prévalant dans le pays. Mais nous devons être conscients que les vrais responsables sont les classes dominantes et les pays impérialistes qui nous dominent depuis longtemps. Mais elle tire également ses racines de la nature du capital, leur façon de réaliser l'accumulation du capital. Le capital investi dans une de ces entreprises a une marge de profit limitée. Non seulement la nature du commerce les limite, mais il y a aussi la domination du capital dominicain sur le capital haïtien dans l'alliance réalisée. Ceci rend les bourgeois haïtiens encore plus rapaces. Dans ces conditions, la maximisation des profits doit se faire sur le dos des travailleurs. Actuellement, ceci assume encore plus d'importance. Nous traversons une période de crise généralisée qui achève de détruire le pays, une période où les bourgeois de tous les secteurs accentuent leurs pratiques pour augmenter l'exploitation et la domination des ouvriers et travailleurs. Dans ce contexte, l'exploitation est encore plus dure dans toutes les entreprises de ce genre.

Ces types d'entreprises nous révèlent un autre 'on répète assez souvent : ces gens font croire qu'ils apportent du travail, mais en fait non seulement ils apportent l'exploitation, mais on peut même dire qu'ils apportent la misère. Ils donnent une illusion de travail qui explique qu'un nombre croissant de travailleurs dévide dans les grandes villes. Ce qui constitue un autre mécanisme pour augmenter la misère, concrètement, la misère des travailleurs, la misère générale.

Mais ce type d'entreprise trouve également les interstices nécessaires à leur fonctionnement grâce à l'Etat, responsable de la défense des intérêts de la bourgeoisie. Ils bénéficient de la même impunité dont bénéficient tous les patrons constamment. Il n'existe pas de loi pour eux. Les travailleurs sont dans une situation où ils n'ont aucune possibilité de recours ou de faire appel devant aucune loi. L'Etat n'a aucun problème avec cela.

Ce type d'entreprise favorise essentiellement le développement d'un sous-prolétariat dans les principaux centres urbains, ce qui accompagne d'emblée la reproduction élargie des bidonvilles, avec toutes ces conséquences négatives. Le système de pourcentage maintient les travailleurs dans une situation informelle. Là encore, il s'agit de la caractéristique du type de développement projeté par la bourgeoisie pour le pays. Nous l'avons dit par le passé, nous le répétons, face à la crise généralisée, la bourgeoisie n'a aucune solution, à aucun niveau.

Malgré tout, nous pouvons et devons le dire, dans le cadre de leur propre société, fondamentalement, ces rapports doivent changer. Il faut sortir de cette situation d'hors-la-loi répandue à travers la question de « temporaires » / « occasionnels » à laquelle font face les travailleurs. Tout au moins, il faut qu'il existe un rapport bourgeois/travailleurs qui s'inscrive dans la circulation des marchandises, dans le cadre d'un contrat clair, une situation où ils respectent au moins le Code du Travail et les conventions internationales signées par Haïti. LES DROITS À L'ORGANISATION ET AUX CONVENTIONS COLLECTIVES DOIVENT ÊTRE RESPECTÉS. LE SALAIRE LÉGAL, LA LOI SUR LES HEURES SUPPLÉMENTAIRES, CONGÉS ET BONI ainsi que tous les autres AVANTAGES SOCIAUX DOIVENT ÊTRE RESPECTÉES.

La revendication mise en avant par les travailleurs pour un salaire stable est juste. NOUS DEVONS LA NÉGOCIER EN FONCTION DE L'ÉVOLUTION DU MARCHÉ, même en tenant compte de la position des bourgeois sur le pourcentage.

Qu'il s'agisse des travailleurs de BON, NESTLÉ ou BLUE BUNNY, 'organiser pour arracher leurs droits, se faire respecter en tant que travailleurs réguliers ayant droits. Sur cette base, ils pourront rentrer dans la lutte pour faire respecter tous leurs autres droits à partir d'une plateforme de lutte correcte.

Ce n'est pas la première fois que BATAY OUVRIYE se trouve devant ce genre de situation. Nous y faisons face à Port-au-Prince ainsi qu'au Cap-Haïtien. Il est clair que nous continuerons à y faire face. Mais une chose est claire pour nous : il y a des tas de problèmes à poser et à résoudre. C'est à partir des intérêts des travailleurs, particulièrement les ouvriers, qu'ils pourront être posés et résolus dans la perspective de sortir le pays du trou où il se trouve. La lutte n'est pas facile, c'est vrai, mais c'est la seule solution. Nous avançons dedans avec les deux pieds fermes. Le travail d'organisation des travailleurs de BON, NESTLÉ et BLUE BUNNY avec une coordination solide entre eux est entamé ; c'est d'ailleurs ce qui a permis la réalisation de ce dossier. La lutte avance dans l'intérêt des travailleurs.

VIVE L'ORGANISATION AUTONOME DES TRAVAILLEURS DE BON, NESTLÉ ET BLUE BUNNY !

VIVE LA LUTTE DES TRAVAILLEURS !

AVANÇONS DANS LA LUTTE POUR FAIRE RESPECTER NOS DROITS !

BATAY OUVRIYE

Novembre 2001

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