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L'HÔTEL BECK, DU CAP-HAITIEN:

BASTION DE PRATIQUES ANTISYNDICALES!

[Note de Presse de Janvier 2001]

Dans la capitale touristique d'Haïti, le Cap-Haïtien, l'Hôtel Beck, le plus grand hôtel de cette ville, s'enferme dans une logique anti-ouvrière de type duvaliériste en refusant à ses travailleurs les garanties légales les plus élémentaires et décidant plutôt leur révocation pure et simple. Sous fortes menaces, les travailleurs de cet hôtel ont été sommés d'accepter ce licenciement abusif après que la direction ait tenté de leur faire renoncer, en plus, à leurs prérogatives naturelles de recours judiciaire. Point culminant de six mois de négociations pour le respect des prescrits de la loi, cette situation de crise est aujourd'hi portée aux Tribunaux de la ville. Le procès aura lieu demain mercredi 28 janvier à 10:00 au Tribunal Civil du Cap-Haïtien.

Sis au quartier chic du Bel-Air, sur des dizaines d'hectares de terres fertiles, l'Hôtel Beck emploie une main d'oeuvre d'une trentaine de personnes, lesquelles sont attelées à des tâches diverses du matin au soir, 7 jours sur 7. L'ampleur des travaux exigés par ses plantations de mangues destinées à l'exportation, ses travaux de construction et de réhabilitation permanente d'édifices, son service de blanchisserie, d'hôtellerie, de bar et de jardin..., justifie cette main-d'oeuvre qui n'était jamais qualifiée de "pléthorique". Ce, jusqu'à son regroupement en Syndicat au mois de mai 1997.

A partir de cette date, le Syndicat des Travailleurs de l'Hôtel Beck (STOB, en créole) présentait dans une liste en huit points l'essentiel des revendications des travailleurs. Dans les demandes figuraient: le respect du salaire minimum ignoré par l'hôtel depuis son augmentation en 1995, le respect d'une hiérarchie de direction claire, le respect des heures de travail selon la législation ainsi que des éléments de sécurité sociale qui sont garantis par la loi, tels que congés annuels, boni, paiement des jours fériés. Les travailleurs ont aussi réclamé des droits de pension ainsi que des facilités de crédit. En outre, ils ont exigé l'aménagement de conditions de travail décent, n'ayant jamais eu accès, depuis des années, à l'eau potable et aux toilettes, se soulageant dans le jardin même. Ces ouvriers font aussi la demande de badges et de services médicaux.

Devant cette série de revendications, le patronat réagit à sa façon. Il s'est contenté de réduire le nombre de jours d'emploi comme réponse à la demande du respect de salaire minimum national formuléepar les travailleurs. Par exemple, il demanda aux blanchisseuses de se "débrouiller" pour faire le même travail (nettoyage de nappes, serviettes, etc...) en deux jours au lieu de quatre. Ces ouvrières touchent maintenant la moitié de ce qui aurait du leur revenir après un ajustement de salaire. En somme, leur situation s'est empirée au lieu de s'améliorer.

Face au refus de la Direction de négocier les huit points minima et face à ses manoeuvres déloyales, le Syndicat rentre alors en grève, interdisant l'accès à l'hôtel jusqu'à ce qu'un dialogue soit entamé. La Direction, affolée, se précipite au Ministère des Affaires Sociales pour déclarer que son établissement est victime de "déchoukage". Allégation qui a été totalement démentie à la suite de la visite des Inspecteurs du bureau régional des Affaires Sociales.

A ce moment, l'affaire passa aux mains du Service de Conciliation et d'Arbitrage du Bureau Régional Nord du MAS, lequel, finalement excédé par les manoeuvres et contorsions de M. Beck (5 avocats constitués et révoqués en 3 mois!), la déférait au tribunal au cours du mois d'octobre passé. Mais parallèlement lui parvenait une enveloppe de plusieurs milliers de gourdes pour la révocation des travailleurs supposément liés au Syndicat, ajoutant confusion à la situation et le forçant à se ressaisir du dossier. Les travailleurs réfutaient cette dernière action manoeuvrière de licenciement abusif; ils bénéficiaient en cela du soutien du Bureau qui, évoquant l'Article 176 du Code du Travail en vigueur, interdisait une telle rupture du contrat de travail en plein processus de conciliation. Cependant, à la suite de nombreux coup de fils venant des plus hautes instances nationales et étrangères, de suaves ou fermes pressions montrant que "le patron avait le droit de révoquer les travailleurs à son service", le Bureau Régional commença à faiblir. Le Ministère de la Justice, en particulier, exerçait une pression politique pour détourner le cours des procédures légales aux Affaires Sociales et son ministre, Max Antoine, marquait par sa présence personnelle l'appui et la solidarité concrète qu'il apportait à la Direction de l'Hôtel.

Finalement, dans une communication en date du 26 novembre, la Direction Régionale du MAS du Nord a affirmé s'être dessaisie de l'affaire depuis son transfert au Tribunal de première instance du Cap-Haïtien le 9 octobre 1997. Opportunité unique pour la Direction de l'hôtel qui, se déclarant "lassée" de pourparlers, multipliait magouilles et pressions pour forcer les travailleurs à accepter de recevoir leurs prestations légales en signant, à leur insu, une fausse déclaration d'accord convenu. Le 29 novembre, par exemple, elle obtenait qu'une sommation de comparution - à l'Hôtel Beck! - sur papier timbrée - mais sans en-tête, ni sceau! - soit délivrée à cette fin à chaque travailleur par l'huissier Fleurimond Paul, précisément de ce tribunal même!! L'intervention de l'avocat constitué du Syndicat a mis fin à ces pratiques illicites et obtenu le paiement intégral aux travailleurs de leur dû, sans signature compromettante.

L'illégalité de ces révocations demeure néanmoins entière et l'affaire est aujourd'hui portée par devant les tribunaux de cette ville.

Nous affirmons, pour notre part, le droit des travailleurs, et même leur droit constitutionnel, de se regrouper en syndicat pour la défense de leurs intérêts. La réitération du processus de démantèlement syndical au Cap-Haïtien est un signe clair de la volonté gouvernementale à fouler ce droit. Nous dénonçons l'absence chronique du Directeur, Walkie Lamour, du Bureau Régional du Nord. Son absence est symptomatique, révélatrice d'une triste réalité: l'immobilisme et la démission du Ministère des Affaires Sociale.

BATAY OUVRIYE S'ELEVE AVEC VEHEMENCE CONTRE CES VIOLATIONS REPETEES DES DROITS FONDAMENTAUX DES TRAVAILLEURS ET PROFITE DE L'OCCASION POUR DENONCER LES ACTES REPRESSIFS ET ANTI-CONSTITUTIONNELS DE LA DIRECTION DE CET HOTEL ARCHAÏQUE. PAR LA MEME OCCASION, IL SALUE LA LUTTE DU SYNDICAT DES TRAVAILLEURS DE L'HOTEL BECK QUI, PAR SA CONSTANCE, DEMONTRE, S'IL EN ETAIT BESOIN, QUE C'EST LE PEUPLE SEUL QUI, DANS SON VECU QUOTIDIEN, FORGE REELLEMENT LA DEMOCRATIE.


N. B.: Ce procès fut perdu par les travailleurs, tant au Tribunal du Cap-Haïtien qu'en Cassation.

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