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A BAS LE SYSTÈME DES MODULES !!

Le système des modules imposé aujourd'hui dans un très grand nombre des usines de sous-traitance oblige les ouvriers et ouvrières à une cadence de travail forcenée dans le cadre d'une compétition généralisée tout à fait illégale. Il s'agit là d'un dépassement asiatique du taylorisme anciennement en vigueur dans ce secteur. Non seulement il augmente considérablement le taux d'exploitation subi par notre classe, mais de plus il ajoute à la plus-value absolue des patrons en diminuant leur frais fixe. Car par l'imposition de ce nouveau stratagème, plus besoin de superviseurs, ni de contrôleurs.

De quoi s'agit-il?

Les ouvrières et ouvriers sont répartis par groupes de dix à vingt personnes. Ainsi formées, les unités ouvrières sont chargées de l'ensemble de l'opération de confection du vêtement, de la coupe à l'inspection. Placés face à face l'une de l'autre dans un espace minuscule, elles doivent chacune collectivement remplir un quota minimum de production ("tarif") afin de toucher un salaire de base qui varie entre $US 3.75 et 6. Si celui-ci représente souvent le double du salaire minimum légal, il prend généralement plus de huit heures à réaliser dans des conditions terrifiantes: on ne se parle pas, on ne sort pas, on ne fait que pousser, pousse au maximum. La compétition est brutale et les prises de gueule fréquentes. Présenté sous forme d'un "quitte ou double" (l'ouvrière est assurée du minimum salarial de $ 3.20 mais à l'"opportunité" de se faire le double), le système est néanmoins contraignant à n'en point douter. Si au début il suscitait l'enthousiasme d'une possibilité d'augmentation des revenus, les ouvriers ont vite déchanté. Pas moyen de s'y soustraire: un carré entier d'ouvrières a été récemment licencié pour s'y être refusés. On entend bon nombre d'ouvriers soupirer que même réaliser deux "tarifs" antérieurs était moins pénible que les "modules" actuelles.

Les modalités spécifiques varient d'usine à usine: tantôt les ouvrières d'un module incapable d'atteindre le quota touchera un salaire de base de l'ordre de $4 et le restant du lot est redistribué le lendemain; tantôt, ils continuent jusqu'à l'heure qu'il faudra pour terminer le lot (masquant ainsi effectivement leurs heures supplémentaires)

Mais les avantages patronaux sont faramineux. La production, à Megatex, par exemple, de deux cent douzaines de pantalon, est réalisée par modules de vingt ouvrières, 14 aux machines et 6 au nettoyage et à l'inspection. Journellement, chaque module produit ainsi 240 pantalons au modique coût de $US 6.17 (100 G) par ouvrier, un coût total d'opérations donc de 2000 G ($122.55). 240 pantalons à $123...:la bagatelle de 50 centimes de dollar par pantalon...! De plus, selon toutes les informations, un travail qui prenait auparavant un mois, un mois et demi, est présentement réalisé en une semaine.

C'est Richard Coles, propriétaire d'une demi-douzaine d'industries dans la capitale ("Multiware", "Multi-Assembly") et actuel président de l'Association des Industries d'Haïti (ADIH), qui a introduit ce système en Haïti à partir d'un modèle japonais, il y a de cela plus d'un an. Aujourd'hui, la recette a fait fortune dans les quatre usines d'André Apaid, les deux de Bayard ("Classic Apparel"), chez Mourra, ainsi qu'à L.V. Myles, Megatex, Universel, et autres. C'est grâce à lui qu'un très grand nombre d'usines parvient présentement à violer les prescrits les plus élémentaires en matière de rémunération des heures supplémentaires.

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