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SYNDICAT DES OUVRIERS DE MARNIER-LAPOSTOLLE

GRAND MARNIER! Beaucoup connaissent le nom de cette liqueur de renommée internationale, savourée de par le monde entier. L'essence de ce produit est fabriquée en Haïti, dans la région du Cap-Haïtien. Jusqu'à la mise sur pied d'un syndicat, les ouvriers qui journellement cueillent, coupent, préparent les oranges sures servant à cette huile essentielle ne jouissaient même pas du salaire minimum national. Le travail nécessaire à cette concoction entraîne une détérioration visible de l'état des mains des travailleurs, sans compter d'autres effets néfastes physiques. Même pour arriver aux plantatations, les travailleurs sont sont obligés de se déchausser et traverser une boue épaisse et puante...

Déclaration du Syndicat

A Marnier-Lapostolle, nous constituons la principale force de travail. Pourtant depuis des années nous sommes exploités sans merci et ce n’est que grâce à notre organisation en Syndicat que nous avons mêmepu utiliser des toilettes.

Notre syndicat nous a permis de mettre en avant les revandications suivantes: salaire décent ajusté au coût de la vie (la plupart des coupeuses d’orange ne touchent même pas le dérisoire salaire minimum décrété par l’Etat, de 36 gd. par jour).

Vous n’êtes pas sans savoir que chaque pays a des lois qui régissent les rapports de travail. Ici, en Haiti, le Code du Travail est jusqu’à présent l’ensemble de règlements qui, après la Constitution, administrent ces relations.

Ce qu’aujourd’hui nous prenons la peine de présenter à votre attention et de dénoncer fortement, c’est que, précisément, dans l’établissement qui vous appartient et que dirigent en votre absence les frères Zéphir, la plupart de nos droits ne sont pas respectés (des menaces pèsent déjà sur les dirigeants de notre syndicat à peine formé), presqu’aucune de nos prestations légales (bonus, congé payé, congé maladie etc…) ne nous parviennent non plus, les exigeances de conditions de travail absentes (toilettes, cafétéria, salle de repos, eau potable etc, etc… d’un côté ; de l’autre : aucune protection pour les ceuilleurs, coupeuses, secheurs ou autre travailleur, aucun outil adéquat, aucun matériel suffisemment proportionné). Mais le pire est que les frères Zéphir ne respectent même pas la réglementation primaire du salaire minimum. Par exemple, après calcul, nous nous rendons compte à l’évidence, qu’une fois soulevé le masque de la paye par équipe et par travail réalisé, aucune des travailleuses n’y arrive. En effet, ces dernières, par équipe de deux, réalisent 4 caisses par jour en moyenne à l’année (parfois 6 caisses mais aussi très souvent 3, 2 ou même 1 caisse par journée à attendre) touchant 14 gourdes par caisse. Ce qui, donc, en moyenne, les met à 28 gourdes par jour. Le salaire minimum, ici, est de 36 gourdes par jour.

Nous ne nous arrêterons pas, en ce moment, sur le fait que même avec ce salaire dit « minimum », nous autres ouvriers en Haiti, n’arrivons jamais à joindre les deux bouts - la situation environnante parle d’elle-même – nous insisterons plutôt sur le fait que ne pas avoir la décence de nous le procurer, est alors un crime.

Les frères Zéphir dirigent aussi d’autres Etablissements en ville. L’un d’eux, les Etablissements Novela, viennent de faire l’objet d’enquête approfondie. Nous vous faisons ci-joint parvenir un exemplaire se référant à leur pratique coloniale.

D’autre part, récemment, nous avons reçu la visite de sympathisants Français de l’organisation « Peuples Solidaires ». Après une visite, pour eux répugnante, sur votre propriété en plein travail, ils ont eu à faire leur rapport aux quelques 6 mille membres de leur adhésion. Des débuts de ce mois, plus de deux cent lettres nous sont parvenues en copie conforme. Nous nous ferons un devoir de vous faire trouver quelques exemplaires, afin que vous puissiez être édifiés.

Aujourd’hui, notre question est la suivante : en tant que propriétaire, que pensez-vous de cette situation complètement illégale où baigne votre entreprise par l’intermédiaire de ces frères gérants ?

Que l’on ne vienne nous dire que ceci sera rectifié «dans un certain avenir»! Les frères Zéphir, responsables, comme nous le faisions remarquer plus haut, des Etablissements Novela, ont été depuis bientôt 3 ans au courant de maintes pratiques illégales par devant les droits des ouvriers. Ce n’est donc pas qu’ils n’aient pas été en connaissance pleine et entière de notre situation analogue ici à Marnier-Lapostolle.

Le Code du Travail prévoit pour tout hors-la-loi un délai pour se remettre au pas.

Vue aérienne des plantations Marnier-Lapostolle, Plaine du Cap-Haïtien

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