Batay Ouvriye Banner

DÉCLARATION DE BATAY OUVRIYE

SUR LA SITUATION DU PAYS AUJOURD’HUI

20 décembre 2003

Dans le cadre de nos pratiques concrètes sur le terrain de la lutte quotidienne des ouvriers, des travailleurs divers, des masses populaires en général… pour nous, de BATAY OUVRIYE, il était déjà très clair que : les dirigeants Lavalas, en détruisant toutes les composantes populaires qui constituaient le large mouvement de masse 1984-1999, était devenu un pouvoir totalement anti-populaire. Et, avec cette évolution, carrément réactionnaire ; donc, obligatoirement, de plus en plus répressif, jusqu’à devenir criminel. Nous faisons face à cela depuis plusieurs années.

En effet, sur les terres des grands propriétaires fonciers, au Ministère du Travail, à la Justice… c’est toujours contre les luttes du Peuple revendiquant ses droits que se situe ce pouvoir ! Tout autour de nous aussi, par ses exactions sur les démunis dans les quartiers, sur les marchandes de pacotille, les chauffeurs, les sociétaires des coopératives, sur les écoliers, étudiants universitaires, travailleurs de la presse, partout, indistinctement, toujours le même objectif : démanteler les luttes revendicatives, anéantir la parole ! Et, pour lutter contre les intérêts des ouvriers, paysans pauvres, travailleurs, masses populaires en général, cette répression est toujours des plus totales, aveugle. Nous dénonçons cela depuis longtemps !

Pourtant, comme tout dans cette société où nous vivons, ce n’est que quand ce pouvoir en arrive à attaquer la petite bourgeoisie, les fonctionnaires, intellectuels et bourgeois, que cela devient « inacceptable »… !

Aujourd’hui, le fait des gouvernants d’en être arrivé à réprimer également ces classes et catégories sociales rend la crise politique générale, le pouvoir semblant avoir atteint un degré où perce nettement son agonie. La quasi-intégralité de l’espace démocratique antérieurement conquis est aboli et la population entière crache son désaccord en exigeant l’élimination (ou du moins le changement au sommet) de ce pouvoir.

*

Mais, d’un autre côté, l’analyse basée sur les intérêts réels du peuple impose une différenciation parmi les nombreuses classes, catégories et secteurs qui protestent. En effet, peu de ces regroupements ou individus véhiculent réellement l’intérêt large des masses populaires. Et nous pouvons même affirmer haut et fort : bon nombre d’entre-eux sont même opposés aux intérêts des masses. Ce qui rend la situation bien plus complexe.

Nous, de BATAY OUVRIYE, connaissons intimement la bourgeoisie haïtienne et sa nature profondément anti-travailleur, anti-peuple. Ses agissements au sein des usines, établissements, ateliers, commerces, petits ou grands… c’est nous, ouvriers, travailleurs divers, qui les endurons ! C’est nous qui pouvons témoigner de l’ampleur de son mépris, des humiliations qu’elle impose, de sa domination et de sa répression à l’égard des travailleurs haïtiens afin de déployer l’exploitation sans limite qu’elle souhaite généraliser à travers le territoire, en parfaite entente de classe avec les multinationales impérialistes. De même, ses représentants de classe (politiciens et intellectuels bourgeois) dénoncent sans cesse toute protestation, arrêt de travail, grève, mobilisation quelle qu’en soit la forme dès qu’ils revendiquent les droits démocratiques des travailleurs, sous prétexte qu’il s’agit de « désordres » susceptibles de pertes de revenus pour le « pays » !

Nous savons à quel point c’est le régime Lavalas lui-même qui se porte garant de l’IMPUNITÉ absolue dont jouissent ces classes face aux exactions et crimes qu’ils perpétuent contre les ouvriers, paysans pauvres et les travailleurs en général. Nous dénonçons et luttons sans cesse contre cette impunité et les alliances politiques et économiques qui la sous-tendent. Si la bourgeoisie combat actuellement le régime Lavalas, il est clair pour nous que cela s’explique du fait que ce pouvoir, par son incapacité chronique et ses propres contradictions archaïques, ne lui permet ni d’administrer l’Etat, ni de construire clairement l’hégémonie nécessaire à l’établissement de l’exploitation pleine et entière de cette classe. Enfin, si elle est réduite actuellement à devoir se présenter personnellement, cela est dû à la crise de représentativité des classes dominantes à laquelle nous avons fait référence en de maintes occasions.

Lavalas se base sur cette présentation non dissimulée pour se poser en pouvoir des plus populaires de la planète. GROSSIER MENSONGE !

1. Lavalas a toujours accordé les plus grands avantages à la bourgeoisie, non seulement dans tous les conflits l’opposant aux travailleurs, mais encore dans toutes les orientations nationales politiques et économiques d’envergure : capital financier (les banques champignonnent de toutes parts), grandes affaires de toutes sortes, avec, en exemple principale, les zones franches.

2. Bourgeois, le régime Lavalas l’est tout aussi, en relation avec les principaux monopolistes de la place. Seulement il se garde bien de le montrer publiquement.

3. Lavalas est maître de la corruption (dans l’Etat, la drogue, la contrebande…, les scandales du riz, des tôles, des coopératives…).

4. Lavalas est roi du vol généralement et ce n’est pas un hasard si le titre « Grand Mangeur » lui a été octroyé par le peuple lui-même.

5. Par conséquent : jamais il n’a cherché à satisfaire les revendications populaires, voire structurer un pouvoir sur cette base.

6. Avec les autres bourgeois Lavalas répète à n’en plus finir qu’ils « donnent du travail ». Nous disons, nous, pourtant, que : sous la colonie aussi, les colons français « donnaient du travail » ! Mais justement, en esclavage ! Donc, effectivement : créer des emplois est une chose, dans quelle condition, une toute autre !

7. Lavalas est le plus grand destructeur de l’Etat, privatisant les entreprises publiques l’une après l’autre, les cédant aux principales firmes bourgeoises, locales ou étrangères, réalisant de juteux bénéfices sur ce qui devrait être des services publics garantis.

8. Enfin, Lavalas constitue le plus grand marchand de pays ! les eaux, les aires, la frontière, les zones… franches n’appartiennent plus, ni ne sont sous le contrôle des autorités nationales mais plutôt se trouvent aux mains soit du gouvernement américain, soit sous le contrôle stricte des bourgeois et de l’armée dominicaine.

Ainsi donc, nous le disons et le répétons : LAVALAS ET L’OPPOSITION BOURGEOISE SONT DEUX FESSES POURRIES DANS UN MÊME PANTALON DÉCHIRÉ !

*

Au sein du mouvement général de protestation contre Lavalas, qui est fondamentalement et profondément juste, heureusement d’autres niveaux apparaissent et commencent à y laisser leur empreinte. En dépit des tentatives de récupération de l’opposition bourgeoise, progressivement ce niveau se définit. Il devrait approfondir cette démarche consciente et passer à une étape encore plus concentrée, de manière à pouvoir, au sein de la mobilisation anti-Lavalas même, mettre en question et arriver à contrecarrer clairement l’orientation bourgeoise (qui, elle, inclut non seulement un soi-disant « état de droit » qui refuse de nommer, voire attaquer, l’impunité patronale, mais, en plus, comme nous le savons fort bien, se définit déjà carrément comme complètement dépendante de l’impérialisme économique). Les organisations ou individus qui se tiennent du côté des intérêts réels des masses populaires doivent charrier, dans les luttes, les revendications fondamentales des masses populaires : ouvriers, paysans pauvres, travailleurs de toutes sortes, chômeurs, élèves et étudiants pauvres, progressistes conséquents, donc : le CAMP DU PEUPLE et, au fur et à mesure, construire leur autonomie, toujours sous la direction des intérêts réellement populaires.

Actuellement, les classes dominantes cherchent à embrouiller les intérêts réels des masses populaires sous leur aisselle avec une question de « démocratie » uniquement technique, abstraite, floue. Ce qui explique que, même quand Lavalas serait sur le point de fermer définitivement l’espace de développement des luttes démocratiques, nous devons être clairement conscients que tous les intérêts visant à le rouvrir ne sont pas identiques. Et beaucoup d’entre-eux sont même extrêmement CONTRAIRES aux nôtres. Nous devons tenir compte des expériences faites entre 1986 et 1990, où les masses populaires s’étaient grandement laissées embrigadées sous la direction de la bourgeoisie et de ses représentants, ce qui avait limité et détourné la mobilisation.

C’est pourquoi nous le répétons inlassablement : Au sein de ce mouvement général de lutte, qui possède fondamentalement des bases concrètes d’existence et de développement continu, les masses populaires et les différents niveaux d’organisation doivent développer leur autonomie concrète et arriver à prendre leurs propres initiatives, où les intérêts populaires, les intérêts des travailleurs, sont également clairement définis.

*

Dans ce sens, nous anticipons même : il faut s’attendre à une répression sévère et peut-être tout aussi féroce des propriétaires fonciers et bourgeois, sous les ordres des impérialistes (directement ou par l’intermédiaire de leurs représentants intellectuels ou politiques) dès que l’étape actuelle sera passée et que nous avancerons fermement dans la défense de nos intérêts propres.

C’est dans la mesure où nous parviendrons, dans le cadre et dans le développement de la lutte même, à nous organiser de manière autonome, qu’il nous sera possible de FORMER ET CONSOLIDER UN CAMP CAPABLE DE DÉFENDRE VÉRITABLEMENT NOS INTÉRÊTS ET AFFRONTER TOUS CEUX QUI SE PRÉSENTERONT!

À BAS LAVALAS PILLEUR, CRIMINEL, SANGUINAIRE !

À BAS L’EXPLOITATION DE TOUTES SORTES!

VIVE L’ORGANISATION ET LA MOBILISATION AUTONOME DU CAMP DU PEUPLE POUR PORTER ET DEFENDRE SES INTÉRÊTS PROPRES

AVEC LES TRAVAILLEURS COMME POTEAU CENTRAL ET

SOUS LA DIRECTION DE LA CLASSE OUVRIÈRE !

Positions: