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TROISIÈME ANNÉE DE LA TROISIÈME OCCUPATION: ASSEZ !

Sur la présence des troupes d’occupation de la MINUSTAH en Haïti et pourquoi elles doivent partir immédiatement.

En introduction, il s’agit de placer le contexte de l’arrivée des troupes en Haïti. Au niveau international, les agressions inouïes de l’impérialisme dans le monde : vols et pillage des ressources naturelles et culturelles. Au niveau national, le départ du président fin 2004 - début 2005, la mise en place du gouvernement intérimaire et le lancement des projets impérialistes du CCI. Le renouvellement du maintien des troupes suite à l’élection du président Préval, supposément par rapport au climat de violence, est indicatif du degré de dégradation de la formation sociale dans laquelle sévit une profonde crise structurelle. Celle-ci est de nature politique (crise de légitimité et de représentativité des classes dominantes) évidenciée par les occupations successives et les troubles politiques constants (depuis la fin du 19e siècle), mais aussi, aujourd’hui, crise post-dictatoriale, de sortie du duvaliérisme et sa féroce répression contre les forces démocratiques, progressistes et de gauche. Mais surtout crise économique caractéristique d’une société en pleine mutation, d’une économie agraire à une économie de services, du fait de l’application des mesures néolibérales dès les années ’80. Les effets de cette crise généralisée sont sociaux, accompagnant la détérioration des conditions de vie du peuple. De plus, les vingt ans de lutte ont eu un effet sur la capacité de résistance du peuple : érosion des projets militants ; migration (interne et externe), morts, culture de la survie… ; effets du populisme (confusion)… Le moment est donc au renouvellement des luttes sur de nouvelles bases.

La MINUSTAH affirme être en Haïti en tant que mission de « paix » pour participer à la résolution de l’insécurité, au désarmement, pour la bonne gouvernance…. Il est aussi dit que la présence de troupes latino-américaines est préférable à celles directes des Etats-Unis.

Après trois ans de présence des troupes, il est pourtant possible de dresser un portrait nettement différent de cette occupation. Tout d’abord, sa faillite : il n’y a ni désarmement réel (résultats piteux), ni justice, ni paix (ni même de perspectives de celles-ci, bien au contraire) – un certain nombre de témoignages indiquerait même une complicité de troupes de la MINUSTAH par rapport aux kidnappings, les victimes étant passées sous les yeux de celles-ci pour lesquelles les responsables agissent en fait même comme des troupes paramilitaires. Ensuite, l’hypocrisie du langage : les bandits ne sont que les hommes de main et non ceux qui commanditent leurs actions, l’insécurité n’est que celles des quartiers résidentiels huppés et non celle imposée aux quartiers populaires par la MINUSTAH elle-même. Les troupes comprises dans cette dernière proviennent de forces armées parmi les plus répressives du monde : Népal, Chili, Brésil post-dictatorial, Argentine, Pakistan – il y a même eu un général en chef qui faisait partie de l’ancien Centre de Renseignements National de Pinochet au Chili (Jose Barraza, un néo-nazi) ! La perspective annoncée du maintien de ces troupes pendant dix à vingt an est effarante. Rappelons, en effet, par rapport au supposé « préférable » de troupes venant du Sud, qu’il s’agit là de soldats dont la nature essentielle est de répondre à leur commandement qui, lui, est politique. Les troupes répondent donc aux injonctions de l’ONU, eux-mêmes dictés par les centres financiers qui sont la Banque Mondiale, le FMI, la BID… et l’ambassade américaine. Il s’agit donc de la mise en place de leur projet pour Haïti : agencement précis de l’économie mondiale, obtention de main d’œuvre « à bon marché » pour l’industrie de l’aiguille technologiquement faible dans le cadre des délocalisations globales… Application des accords de Monterrey, donc, onze zones franches pour Haïti… Ce rapport organique des troupes avec ce projet est évident rien que par le comportement des troupes qui sont anti-peuple et anti-organisations du peuple. Dès les premiers jours de l’occupation Batay Ouvriye a dénoncé leur saccage des locaux des organisations Antenne Ouvrière et Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen. Dans les quartiers populaires, leur mépris pour les vies humaines de ces secteurs est manifeste dans le nombre de vies fauchées par balles perdues. La façade criblée de balles de l’école de Cité Soleil en est une preuve, tout comme la mort d’un enfant de quatre ans, où celle de 22 deux personnes en un jour. Les étudiants de l’UEH sont témoins des actions répressives en représailles, parfois même sévèrement bastonnés directement par la MINUSTAH. Celle-ci est bel et bien le bras armé du plan impérialiste en Haïti, s’arrogeant même  le rôle de tuteur comme dans la récente réunion de Lima (février 2007) sur Haïti.

En réalité, le maintien des troupes de la MINUSTAH constitue une fausse solution car : les classes dominantes haïtiennes et internationales n’ont pas de solution face à la profonde crise structurelle haïtienne ! Cela est évident par la répétition des situations d’occupation et le nombre (7) de missions de l’ONU en Haïti en dix ans. Il s’agit bien d’un Etat en faillite, mais cette dernière n’est pas celle de la nation haïtienne (tel qu’affirmé par les réactionnaires de tout poil, demandant en cela la mise en tutelle définitive de cette nation) mais bien plutôt celle des classes dominantes nationales et internationales. L’occupation est une tentative de rapiéçage d’un tissu pourri décousu, espérant dépanner la faillite des classes dominantes, la faillite de politique antinationale et antipopulaire séculaire : elle tente de maintenir à distance les masses populaires, le temps pour les classes dominantes d’essayer de se réorganiser, consolidant en même temps la mise sous tutelle des impérialistes. Ceci est particulièrement dû à la faiblesse de développement de la bourgeoisie haïtienne, simple relai historique des classes dominantes internationales, séculairement incapables d’envisager d’options nationales à portée de développement réel. (Précisions possibles en fonction du temps imparti). La dette contractée dès la reconnaissance de l’indépendance est indicative de cette dépendance congénitale.

Le départ des troupes constitue une position de principe, corrélative à la souveraineté et l’auto-détermination des peuples. Parler de ‘souveraineté limitée’ ou ‘d’intervention humanitaire’ est pure hypocrisie. [La fausse image relayée par la presse d’un peuple miséreux écrasé par la violence endémique est entretenue sciemment – il s’agit en réalité des luttes complexes et difficiles d’un peuple recherchant sa propre solution aux mutations profondes de la formation sociale dont il participe.] Les troupes doivent partir car elles ne rendent des comptes ni au peuple haïtien, ni à aucun autre peuple. Elles doivent partir car l’histoire prouve leur échec patent et qu’elles constituent une menace pour tous les peuples de notre région (ministre bolivien de l’énergie et des hydrocarbures : « après cela, comment pourrons-nous protester ? »). Elles doivent partir car elles contribuent au renforcement du positionnement géopolitique des Etats-Unis d’Amérique dans l’hémisphère.

Le rôle des présidents massivement élus Préval, Lula, Bachelet, Kirchner, Tabare Vasquez… dans le maintien de ces troupes doit être questionné. Il s’agit précisément des contradictions de ces gouvernements, des limites du réformisme et de notre rôle, en tant que forces de pression populaire, sur ces gouvernements. (Développement possible sur les ‘ouvertures démocratiques’ créées par les peuples en lutte.)

Par conséquent, il nous faut aujourd’hui développer la résistance à l’intérieur comme à l’extérieur. Développer des matériels appropriés à chaque secteur, à chaque endroit. Se mobiliser. Se mettre en lutte. Pour le retrait des troupes, pour retirer la formation sociale haïtienne du poids des forces impérialistes. Mais tout cela sur les bases véritables de l’interconnexion capitalisme-impérialisme, avec en vue les classes dominantes en bloc, et se basant essentiellement sur la lutte des travailleurs, et particulièrement de la classe ouvrière, en appui à celles-ci. Rappelons-nous : Haïti est le Brésil, Haïti et le Brésil sont le monde !

En même temps, nous devons dénoncer et attaquer les faux anti-impérialistes, les opportunistes populistes dans leur démagogie qui voudrait faire oublier qu’ils ont été les premiers à négocier avec les impérialistes à Governers’ Island, qu’ils sont revenus au pouvoir en 1995 sur la base d’une armée d’occupation constituée de 20.000 marines américaines, qu’en cela ils ont opté pour l’ouverture de la première zone franche d’Haïti par un groupe financier dominicain des plus anti-démocratiques (projet de zone franche rejeté par le peuple haïtien depuis dix ans à l’époque), que dans les cas des conflits de travail ils se sont nettement positionnés du côté des conglomérats multinationaux tels Cointreau, au prix de la mort de travailleurs paysans et l’emprisonnement de nombreux autres… Enfin, qu’il s’agit bien d’eux qui avaient invité à la troisième occupation de notre pays, dans leur conflit hégémoniques avec d’autres secteurs des classes dominantes.

Battons-nous donc ! A partir d’une position anti-impérialiste conséquente ! Et, en cela : Solidarité !

Organisons-nous ! Formation de noyaux, de groupes plus larges, d’assemblées !

Avec la perspective de l’organisation autonome de la force principale du camp du peuple, avec les travailleurs comme poteau-mitan et la direction motrice de la classe ouvrière. Prenons l’exemple de la prise en main des travailleurs sur leurs vies, leurs communautés, leur pays, en milieu urbain et rural. Reconstruisons, sans illusion, sur de nouvelles bases !

DEHORS, LA MINUSTAH D’HAÏTI !

À BAS L’ARMÉE D’OCCUPATION, AGENT DE L’IMPÉRIALISME !

VIVE LA LUTTE DU CAMP DU PEUPLE AVEC LES TRAVAILLEURS COMME POTEAU-MITAN ET SOUS LA DIRECTION DE LA CLASSE OUVRIERE ! VIVE LA SOLIDARITÉ DU CAMP DU PEUPLE AVEC TOUS LES PEUPLES EN LUTTE !

BATAY OUVRIYE

Brésil, Mars 2007



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