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BULLETIN POLITIQUE

Janvier 2006

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Aujourd’hui, Batay Ouvriye présente un nouveau BULLETIN. Faisant suite à la parution de nos bulletins régionaux et de notre bulletin de nouvelles, nous considérons qu’il est important pour nous de sortir un bulletin ayant une portée globale et touchant plus directement aux questions politiques, aux positions politiques de notre mouvement. Certainement, il ne s’agit pas de notre première initiative allant dans ce sens. Il y a eu nos pamphlets, nos notes de presse et les divers articles de nos bulletins ; de plus nous réalisons régulièrement des conférences-débats et des interpellations dans de nombreuses zones. Nos mobilisations convergent aussi souvent dans ce sens…. Mais comme nous venons de le dire, il est nécessaire de prendre cette nouvelle initiative qui devra jouer un rôle de synthèse, qui aura une circulation plus générale et qui permettra le développement des positions et des pratiques politiques des travailleurs en général. Ce bulletin contribuera, de plus, à la construction d’un camp du peuple fort, avec les travailleurs en position centrale.

Dans les positions que nous avons prises récemment, nous avons montré comment la conjoncture nous place à un moment où non seulement toutes les classes interviennent avec force, même si pour les classes dominées, cela se fait de façon diffuse et sans direction. Nous avons montré comment nous nous trouvons à un tournant décisif. Avec une conscience claire et par diverses pratiques agressives, la bourgeoisie s’est engagée dans un combat pour la réalisation de ses projets pour le pays. Même si elle laisse paraître certaines contradictions entre elle et ses maîtres, les bourgeois impérialistes, non seulement celles-ci sont secondaires, mais, en tant que laquais politique, idéologique et économique, elle est prête à se soumettre a tout moment. Si elle se bat actuellement pour l’hégémonie politique, c’est parce que derrière tout cela, elle a un projet global pour la formation sociale, au niveau économique (zones franches, CCI , augmentation de l’exploitation, reproduction de la politique néolibérale avec le marché, à l’intérieur comme dans les rapports avec les autres pays, comme seul régulateur) comme aux niveaux politique et idéologique. C’est ce qui essaie de se régler, en dépit de la faillite de cette classe. Les travailleurs doivent bien comprendre cela. Ils doivent se dresser face à cela. Ainsi donc, la conjoncture exige des travailleurs une autre forme de présence. Ce bulletin que nous appelons BULLETIN POLITIQUE est destiné à aider à construire, à réaliser cette présence.

Mais on pourrait se demander : le moment n’exigeait-il pas déjà cela ? Nous répondons sans détour : oui. Mais pour bien comprendre pourquoi nous ne réagissons qu’aujourd’hui, il faut indiquer un autre facteur. Avec les LUTTES qui se mènent, avec le travail d’organisation réalisé, en dépit des difficultés, Batay Ouvriye a évolué. Nous avons avancé, ce qui rend nos responsabilités et capacités encore plus grandes. Ainsi nous pouvons répondre aux responsabilités qui se trouvent devant nous, indépendamment de ce que nous pensions antérieurement vouloir faire. C’est tout cela qui explique l’initiative du Bulletin Politique.

Pour terminer, nous devons dire que l’alternative dans l’intérêt des travailleurs demeure toujours une nécessité historique. Face à la faillite des classes dominantes et celle de la petite-bourgeoisie qui a entraîné le pays dans la crise où elle se trouve, nous enfonçant toujours davantage dans le gouffre de l’exploitation, de la misère, de la répression et de la terreur, de la dégradation morale, il demeure indispensable que les travailleurs fassent sentir leur propre ALTERNATIVE. Ce bulletin, parmi d’autres pratiques, devra concrètement contribuer.

Le Bulletin ne sera pas un simple exercice intellectuel. Il devra toujours bien correspondre à nos luttes et pratiques en cours. Il résultera de nos pratiques et participera à leur avancement, dans le cadre d’une démarche où il prend part à la construction de l’unité politique des travailleurs.

Aujourd’hui, la question qui domine la scène politique et qui a un impact important, c’est celle des élections. A divers moments, nous avons émis des positions à ce sujet. En 2000, par exemple, nous avions tenu diverses conférences-débats et dans de nombreuses zones nous avons tenu des débats avec les candidats. Actuellement, ces mêmes pratiques sont en cours, mais il est nécessaire d’élargir la diffusion de nos positions encore plus. C’est dans ce cadre que dans ce premier numéro nous traiterons de la question des élections. Dans un grand nombre de régions, ces positions ont déjà été diffusées. Mais comme on le verra, le Bulletin, en tant que cadre, permet une plus grande latitude pour une meilleure divulgation. Nous nous en sommes tenus aux points qui nous paraissaient être les plus importants actuellement. Notons, aussi, que nous aurons à revenir sur la question des collectivités locales de façon autonome.

Nous continuerons à travailler pour que les idées contenues dans ce Bulletin puissent jouer leur rôle parmi les travailleurs pour qu’ils puissent avancer dans leurs luttes et construire leur alternative.


LES ÉLECTIONS 2006 : POSITION DE BATAY OUVRIYE

Traiter des élections n’est pas chose facile aujourd’hui, d’autant que celles-ci se réalisent à un moment où l’engouement de la population est grand. Beaucoup de passion existe, même si elle n’est pas généralisée. Ce n’est pas la première période électorale que nous vivons en tant qu’organisation. Batay Ouvriye était sur le terrain en 2000 et nous avons fait des interventions à ce sujet dans de nombreuses régions. Nous avons fait face à diverses agressions à cause de notre position. C’est normal. Aujourd’hui encore, la même situation se reproduit. Dans le cadre de l’arbitraire régnant dans le pays, certains de nos membres ont été incarcérés dans le Nord-Ouest à cause des positions qu’ils exprimaient sur cette question. Ainsi, vu l’importance que cette question a actuellement pour nous, nous l’abordons de pied ferme à partir de nos intérêts, ceux des travailleurs.

Nous pouvons donc dire qu’il s’agit d’un moment où les classes dominantes cherchent à renouveler leurs représentants à la direction de l’Etat. Durant ces moments, elles permettent une participation des masses populaires au processus de vote. Il faut le dire, la forme de vote dit « universel », où toute la population adulte peut voter, résulte des luttes qui ont permis aux peuples de différents pays d’ouvrir cette brèche. Dans le passé, seuls les sénateurs et députés élisaient les présidents. Mais nous devons clairement comprendre aussi que depuis longtemps, les classes dominantes ont pu s’organiser pour récupérer ce processus, le contrôler, de sorte qu’aujourd’hui, les campagnes électorales sont un moment consistant à rallier les masses derrière divers partis ou candidats se trouvant plus ou moins sous le contrôle de la bourgeoisie. Ainsi, elles font participer les masses à ce processus contrôlé par les classes dominantes grâce à l’Etat, lequel existe pour défendre leurs intérêts ; grâce aux médias qui leur appartiennent, grâce à la puissance de leurs fortunes. Ce processus sert à maintenir les masses divisées et à leur empêcher de bâtir l’unité nécessaire à l’avancement de leurs luttes. Il nous empêche de poser la nécessité de notre lutte autonome. Dans ce sens, globalement nous pouvons dire que LES ÉLECTIONS SERVENT LES CLASSES DOMINANTES À RÉGLER LEURS AFFAIRES SUR LE DOS DES MASSES POPULAIRES. Mais les formes qu’emploient les classes dominantes créent des ILLUSIONS chez les masses, en faisant croire qu’elles seraient libres, particulièrement libres de choisir leurs représentants. Mais nous savons tous, sur la base de notre expérience, qu’on ne voit les soi-disant représentants qu’au moment des élections, mais que le lendemain ils disparaissent.

Il faut dire aussi que, selon les pays, les élections servent à des objectifs bien précis. Dans le cas d’un pays tel qu’Haïti, les élections constituent actuellement un moyen permettant aux classes dominantes, ainsi qu’aux bourgeois des pays impérialistes qui nous dominent et nous dirigent de tenter de sortir de la grande crise où elles se trouvent. C’est un MOMENT pour elles d’essayer de bâtir une nouvelle UNITÉ POLITIQUE dans leur intérêt, pour diriger le pays CONTRE NOUS. Nous devons comprendre clairement cela.

En même temps, dans un pays où la misère est pesante, chez un peuple où, à cause de cette même misère, l’opportunisme est fort, il s’agit d’un moment où beaucoup éléments des masses populaires pensent à se faire de l’argent. Et les candidats facilitent cela. Cela va tellement loin que certains courent même après des t-shirts. Donc, c’est un moment où les politiciens profitent pour développer la corruption au sein des masses populaires. Il ne s’agit ni de convictions, ni de positions politiques, ni de changement réel, mais plutôt d’argent. De petites sommes pour certains, de gros magots pour d’autres. Les candidats achètent les consciences, ils achètent les gens. Là encore, pour nous, il s’agit d’une pratique négative pour les masses populaires. C’est l’intérêt des classes dominantes qu’ils réalisent ainsi contre nous, sur nos dos.

Aujourd’hui, nous pouvons dire que dans notre cas, dans le pays, nous traversons une crise extrêmement profonde. Au cours des vingt années écoulées, les classes dominantes et les gouvernements des pays impérialistes ont révélé comment ILS N’ONT PAS DE SOLUTION. Ils sont incapables de sortir de l’actuelle crise de la formation sociale haïtienne. Mais parallèlement, nous, des masses, ne sommes pas arrivés à avoir la force ou la capacité pour imposer notre propre alternative. C’est pourquoi la situation pourrit en Haïti et, en réalité, c’est notre situation à nous qui empire. Face à l’incapacité que les classes représentant leurs intérêts, donc la bourgeoisie, révèlent, les pays impérialistes sont forcés de s’engager directement dans le pays et c’est ainsi qu’elles mettent aussi leur botte sur le cou du pays. Toutefois, pour soigner leur image au niveau international, ils disent et veulent faire croire qu’il s’agit de « pays amis » qui viendraient nous « aider ». Malgré tout, nous constatons tous très clairement que nous sommes SOUS UNE OCCUPATION déguisée par la présence de l’ONU (MINUSTAH et d’autres formes). Et les classes dominantes et leurs politiciens décatis et les collaborationnistes à l’échine molle sont PARFAITEMENT D’ACCORD AVEC CELA !

Pourtant, au moment où nous parlons, ni les classes dominantes, ni les pays impérialistes, n’ont la moindre solution. Et nous, ouvriers ; nous, travailleurs ; nous, des masses populaires en général, nous devons clairement comprendre que face à la situation de crise profonde que nous traversons, LES ÉLECTIONS N’APPORTERONT AUCUNE SOLUTION POUR NOUS ! Pire, la situation est tellement tortueuse, la crise si profonde, que nous pouvons affirmer que même dans leur propre intérêt, les élections n’apporteront aucune réelle solution. Comme il existe divers secteurs comprenant eux-mêmes des opportunistes accomplis qui, sur cette base, visent le fauteuil présidentiel pour réaliser leurs propres magouilles, ils se présentent en tant que sauveurs de la patrie. Mais, en réalité, ces élections (qui sont les plus coûteuses de l’histoire du pays et que nous aurons à payer pendant des années) n’apporteront AUCUNE SOLUTION VÉRITABLE même pour les classes dominantes et, pire, elles n’apporteront aucune solution à la profonde crise structurelle que traverse le pays. À la lumière de ce blocage réel et de l’incapacité face à cette situation historique, nous pouvons dire que les bourgeois cherchent à employer des mécanismes conjoncturels pour tenter de résoudre une crise structurelle. Et c’est là qu’ils se trompent. Mais en même temps aussi, le projet que ce mécanisme conjoncturel (les élections) vise à implanter, savoir le CCI pour être plus précis (donc l’abandon de toute politique à visée « nationale » pour l’établissement d’une exploitation à tout casser dans les zones franches, au bénéfice avant tout des capitalistes étrangers), repose principalement sur le dos des ouvriers, des travailleurs, des petits paysans et même des petits capitalistes locaux ou nationaux ; c’est sur nos dos à nous que les grandes transnationales capitalistes, avec les « grands-mangeurs » en tant que laquais, visent à s’asseoir. Et. par les élections, ils cherchent à nous tromper.

La complexité de la situation est encore plus grande quand nous prenons en compte le fait que les élections sont sensées être un acte de « souveraineté nationale », or, voiilà qu’elles se réalisent sous occupation. C’est une contradiction dont on ne sort pas et qui, là encore, révèle l’ampleur de la crise haïtienne.

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Nous autres, nous pourrions dire : c’est une saleté, laissons tomber ! Mais ce serait mal poser le problème. Certainement, IL S’AGIT D’UNE SALETÉ ! Mais c’est une saleté que nous devons bien analyser et définir notre cours d’action par rapport à elle. De toute façon, nous devons œuvrer à bloquer le pourrissement, à ramasser plus de force pour nous présenter avec notre propre ALTERNATIVE finalement.

En étudiant la scène politique, nous voyons qu’il existe une polarisation très claire. D’un côté, il y a une force s’amplifiant. Elle est apparue à partir de la candidature de PRÉVAL. Nous pouvons dire que cette candidature à donné une crédibilité au processus. Elle a permis à davantage de personnes d’aller s’inscrire à un moment où la majorité se sentait indifférente. Mais, en même temps aussi, la candidature de Préval est venue brouiller les cartes. L’équipe qui avait expulsé Aristide (Haïtiens et étrangers) ne pouvait plus continuer son petit jeu « en famille ».

D’un autre côté, il y a les forces qui avaient délogé Aristide elles-mêmes. Elles ne sont plus aussi unies, certaines cherchent même à faire secrètement alliance avec le camp Préval. D’autres visent à bloquer Préval et le disent ouvertement. Mais ce n’est pas le plus important. Elles veulent faire croire que c’est la « dictature » qu’elles bloquent, mais à l’analyse, on voit bien qu’il s’agit d’un COURANT « FASCISTE » QUI CHERCHE À SE CONSOLIDER. Elles veulent faire croire que c’est le populisme et le « désordre » Lavalas qu’elles cherchent à bloquer, mais, en réalité, CE SONT LES LUTTES POPULAIRES EN SOI QU’ELLES VISENT À ELIMINER. Elles cherchent à faire croire que c’est le « développement » qu’elles apportent mais, en fait, C’EST UNE EXPLOITATION ILLIMITÉE QU’ELLES VEULENT RÉALISER DANS LA SUEUR ET LE SANG DES TRAVAILLEURS DANS LE CADRE DE LA MISÈRE GÉNÉRALISEE DU PEUPLE EN ENTIER. Tout ceci à grand renfort de répression et de terreur.

Elles ont fait l’expérience de vingt années de tentatives diverses pour jouer le jeu « démocratique », elles ont toutes foiré. Le seul moyen qui leur reste c’est l’absolutisme, le fascisme, malgré tous leurs discours. Prenons quelques exemples. Le principal candidat industriel Charles Baker, avec son slogan : ORDRE, DISCIPLINE, TRAVAIL. Rappelons que sous l’esclavage, ordre, discipline et plein emploi existaient déjà ! C’est pareil. Et, dès lors, on comprend ! C’est ce même Baker qui appelait les troupes de choc du CIMO à rouer de coups les ouvriers revendiquant, ce même Baker qui refusait de payer les ouvriers licenciés de son usine, ce même Baker qui sortait photographier lui-même les militants venus distribuer des pamphlets devant son usine, pour monter ses dossiers et faire arrêter les militants. Un autre exemple est celui de l’ancien militaire Himmler RÉBU : lui aussi promet la matraque. Il le dit ouvertement. N’oublions pas que c’est durant la période où Rébu dirigeait le camp des « Léopards » que ceux-ci avaient matraqué les ouvriers de l’usine ARMTEX revendiquant au parc industriel et même, parmi eux, des femmes enceintes. Bien d’autres candidats s’étaient placés aux commandes durant le coup d’Etat de 1991, certains étaient des criminels sous Duvalier… Tous sont actuellement présents, en train de consolider le camp fasciste.

En plus de tout cela, aucun d’eux n’a le moindre programme, et même quand ils prétendent en présenter un, il ne s’agit que de formules creuses, classiques, sans la moindre précision ni mécanisme concret d’application. Dans le cadre de ce processus, une polarisation se crée, mais ce n’est pas une polarisation des masses populaires contre les classes dominantes. La situation est plus complexe.

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Dans cette situation, LES MASSES POPULAIRES DOIVENT PRÉSERVER LEUR AUTONOMIE. Elles doivent soutenir fermement leurs PLATEFORMES DE LUTTE et lancer aux candidats : CROIX DE LA MÈRE, CROIX DU PÈRE ! VOILÀ VOTRE DEFI ! RELEVEZ-LE, SI VOUS LE POUVEZ ! LA LUTTE NE FAIT QUE COMMENCER ! C’est cela qui est important pour nous, C’EST CELA NOTRE BOUSSOLE.

Malgré tout, nous devons bien comprendre ce qui se passe et voir ce qu’il y a lieu de faire. Tout d’abord, le courant fasciste, même s’il comprend quelques faux démocrates participant ou l’accompagnant, même s’il choisit de se déguiser en « société civile » et en « nouveau contrat social », nous devons être conscients que notre responsabilité est de le BLOQUER. Nous devons le dénoncer sans cesse, empêcher aux masses de s’y fourvoyer, malgré l’argent des fascistes et leur intention d’acheter les masses. Nous devons leur montrer que nous ne sommes pas à vendre.

D’un autre côté, nous devons bien comprendre l’autre pôle. Préval et son équipe ne vont pas venir « faire pour nous ». Ils l’ont d’ailleurs ouvertement déclaré. De plus, Préval aura à subir les pressions des pays impérialistes et de la bourgeoisie. Préval et son équipe charrient de nombreuses contradictions. Mais face au courant fasciste qui nous fermera toutes les portes, il se peut bien qu’il soit celui qui facilitera CERTAINES CONDITIONS pour que les travailleurs avancent dans leurs luttes. En effet, nous devons bien nous rappeler que ce qu’on a appelé « Lavalas » était un large mouvement populaire qui avait délogé le régime de Duvalier et qui a mené de grandes luttes sur la base de ses propres revendications. C’est à partir de ce mouvement qu’Aristide et toute son équipe ont pu accéder au pouvoir. C’est lui aussi qui permit l’arrivée au pouvoir de Préval première version. Par conséquent : C’EST NOUS, LES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES DES VILLES ET DES ZONES RURALES, CHOMEURS, PETITS-BOURGEOIS DÉFAVORISÉS, MASSES POPULAIRES EN GÉNÉRAL QUI, À CHAQUE FOIS, NOUS SOULEVONS POUR METTRE SUR PIED UN AUTRE POUVOIR. UN POUVOIR QUE NOUS ESPÉRIONS POUVOIR ETRE UN AUTRE TYPE DE POUVOIR. Du fait de notre manque d’organisation autonome, nos luttes furent réappropriés et devinrent dirigés par des secteurs bourgeois et petits-bourgeois réactionnaires durant la fin des années 1980. Quelques arrivistes - immédiatement qualifiés de « grands-mangeurs » par le peuple lui-même – arrivèrent alors aux sommets de l’Etat. Nous devons toujours avoir clair à l’esprit qu’à partir du coup d’Etat et des transformations radicales qu’ils subirent, le « retour » eut lieu avec vingt mille militaires américains, sur le sol de Dessalines, sous les ordres des impérialistes. Depuis lors, ces grands-mangeurs utilisèrent chaque jour davantage le gouvernement pour céder le passage entièrement aux bourgeois et bloquer toutes les luttes des travailleurs, tandis qu’eux-mêmes pillèrent les caisses de l’Etat de façon éhontée afin de devenir bourgeois à leur tour. Quand leurs noces avec la bourgeoisie qui n’était pas dans l’Etat eurent fini de se détériorer, ils crièrent à l’aide en feignant de vouloir se remettre à la tête des revendications populaires pour les diriger. Nous ne devons pas nous y tromper : ces appels n’étaient que des cris de désespoir, pour nous faire gagner les rues en laissant croire à nouveau qu’ils étaient un « gouvernement populaire ». Si cela avait été vrai, nous l’aurions constaté durant les plus de dix ans qu’ils avaient déjà passé au pouvoir. Qu’ont-ils réalisé dans le sens de nos véritables intérêts, au niveau de leur politique générale ou même dans la gestion des conflits entre les travailleurs et les bourgeois ou grands propriétaires fonciers ? Malgré tout et malgré tous ses bluffs et trahisons, ce pouvoir là, C’EST SUR LA BASE DE NOS LUTTES, LES LUTTES DU PEUPLE, QU’IL A ÉMERGÉ ! Et il porte en lui cette contradiction en lui. Si, durant les premier temps, les arrivistes et ‘grands-mangeurs’ ont pu utiliser ce pouvoir contre nous, si les opportunistes ont pu prendre la tête du mouvement, CELA EST DÛ À NOS PROPRES ERREURS ET FAIBLESSES ! Malgré tout, la mobilisation de l’autre aile de la bourgeoisie contre eux contribua à aider à encore plus de monde à démasquer nos deux ennemis et, aujourd’hui, LA VÉRITÉ EST DE NE PLUS RETOMBER DANS LES MÊMES ERREURS OÙ D’AUTRES VIENNENT DIRIGER EN NOTRE NOM ! Nous ne leur demanderons pas de réaliser quoique ce soit pour nous ; au contraire, nous devons être prêts à utiliser LES CONDITIONS QUE NOUS CRÉONS NOUS-MÊMES, pour avancer dans NOS LUTTES, vite et bien. Nous devons dépasser les limites de notre niveau de conscience actuel, celui existant dans les premiers moments et qui continuent d’exister. Nous n’attendrons pas qu’on vienne agir à notre place. Nous devons DÉFENDRE NOS PROPRES REVENDICATIONS ! C’est pourquoi, tout en nous mobilisant pour créer ces conditions, nous devons nous préparer à NOUS METTRE EN FACE DE TOUS LES ANCIENS ARRIVISTES, LES NOUVEAUX GRANDS-MANGEURS, LES BOURGEOIS EXPLOITEURS ET PETITS-BOURGEOIS OPPORTUNISTES QUI CHERCHERONT TOUS, ENCORE UNE FOIS, DE NOUS UTILISER POUR TIRER, A L’AIDE DE NOS MOBILISATIONS, LES BÉNÉFICES UNIQUEMENT DE LEUR CÔTÉ.

Nous disons que le pôle représenté par Préval portera ses propres contradictions :

• Tout d’abord, les lavalassiens pro-Aristide soutenant Préval constitueront une force de pression majeure. Ils représentent en soi un courant négatif. Et nous devons bloquer leurs anciennes orientations qui cherchent à utiliser les mobilisations de masse pour régler leurs propres affaires. Nous devons bloquer les tendances négatives qu’ils charrient avec eux, ainsi que leurs effets sur l’équipe à la tête du camp Préval. Parmi eux, il y a beaucoup de pourris. Il va falloir que nous isolions ceux qui doivent être isolés et rallier ceux qui peuvent l’être. Dans la lutte même.

• Ensuite, les anciens ‘grands-mangeurs’ aux côtés de Préval. Il est vrai qu’un grand nombre avait déjà été écarté ou ne s’y trouvait déjà plus. Mais ils peuvent toujours se faufiler à nouveau, ce qu’ils font déjà. Il s’agit là d’un autre courant négatif important à ne pas sous-estimer. Nous devons travailler à les bloquer, à les dénoncer, les chasser.

• Les potentiels alliés, aussi, comprennent un bon nombre de réactionnaires parfaits, incluant même des macoutes. Nous devons être très fermes vis-à-vis d’eux, fermes à l’égard des effets qu’ils peuvent avoir sur Préval et son équipe. Notre orientation doit être très claire et nous devons lutter en ce sens et faire que ceux-ci comprennent qu’ils devront l’accepter. Si nécessaire, nous devrons les dénoncer et la justice devra faire son devoir. Nous devons nous mobiliser pour exiger que la justice remplisse son rôle.

• Anticipons, par ailleurs, que ceux parmi les masses mêmes qui ont tendance à appuyer Préval uniquement dans le but de trouver un emploi et faire leur petit pécule au dépens de l’Etat ou à développer leur « petit pouvoir », afin d’aller s’en prendre en général aux plus petits. Avec ces individus, s’ils peuvent comprendre, nous devrons travailler pour leur faire prendre conscience et développer une autre conception de la pratique politique. Ceux qui ont cette position, nous devrons dénoncer leurs tentatives et, autant que pssible, les bloquer.

• Il y a les divers candidats de la plateforme « L’Espoir », ceux qui sont connus et ceux que l’on ne connaît pas encore. Ces derniers, nous devons chercher à les connaître. Et, dès qu’ils s’opposeront aux intérêts des travailleurs, dénoncer tous ceux qui le méritent. Ceux que nous connaissons déjà et qui, selon nous, peuvent représenter une possible orientation populaire ou en faveur des travailleurs, nous devrons les interpeller dans toutes les zones où nous sommes présents. Il nous faudra les informer de nos plateformes de lutte collectivement préparées et les questionner au sujet de leurs dispositions face à nos revendications, leur positionnement par rapport à ces plateformes et surtout, comment ils pensent venir appliquer ce que la situation exige. Ceux que nous reconnaissons d’ores et déjà comme étant des vauriens sans vergogne, des grands-mangeurs, des assassins, non seulement nous devons les dénoncer, mais nous devons nous mobiliser contre eux sur le terrain même et les flanquer à la porte. De même, nous devons adopter ce même comportement vis-à-vis de tous les candidats qui se trouvent dans nos régions ou quartiers, et vis-à-vis de tous ceux, sénateurs, députés, magistrats…, qui aspirent également d’occuper les sommets de l’appareil de l’Etat, même quand ils ne sont pas de « l’Espoir », afin que ce soit bien nos Plateformes de Lutte qui soient en vigueur. Nous devons leur dire à tous : CROIX DE LA MÈRE, CROIX DU PÈRE ! VOILÀ VOTRE DEFI ! RELEVEZ-LE, SI VOUS LE POUVEZ !

• Enfin, à côté de tout cela, il y a Préval lui-même. Lui aussi est traversé par nombre de contradictions. Il est capable de venir et il viendra avec de nombreuses orientations négatives pour nous. Nous devons avoir la capacité d’y faire face ! Par exemple, Préval nous demande déjà de nous : « reposer ». Nous ne devons pas accepter une telle orientation. Si nous nous y laissons prendre, c’est que nous retomberons dans le sommeil, c’est que nous accepterons de nous remettre aux mains d’un pouvoir qui, même quand c’est nous qui l’aurions mis en place, à tout moment, il risque de se retourner contre nous pour embrasser l’impérialisme, la bourgeoisie et/ou les grands propriétaires fonciers, dominateurs et exploiteurs. Cette équipe-là, incluant Préval, nous a déjà donné les preuves de ce dont elle était capable. Une autre orientation problématique est celle où Préval assure « ne pas venir faire » ! Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’on se soit mobilisé, qu’on ait mis un pouvoir sur pied… et qui ose à nous dire lui-même qu’ « il ne vient pas pour faire » ! Comme quoi, il ne « garantit » aucune réalisation de nos intérêts! Ni en ce qui à trait à l’amélioration de nos conditions de vie, ni en rapport aux conflits nous opposant à nos ennemis. Nous devons montrer à Préval et son équipe que c’est grâce à nous qu’ils sont là et nous devons les forcer à assumer leurs responsabilités par rapport à nous. Nous devons être bien conscients que c’est notre mobilisation, celle des travailleurs, celle des masses populaires, qui sont réellement les forces de changement dans l’intérêt des masses.

La situation n’est donc pas simple. Mais nous devons clairement comprendre qu’elle ne pouvait pas non plus être simple.

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Aussi, devons-nous construire. Nous devons mettre sur pied une FORCE ORGANISÉE qui non seulement se tiendra en face des fascistes, mais qui, en plus, constitue, consciemment, un CONTREPOIDS face aux tendances négatives accompagnant le pôle Préval. Nous devons le construire dans une conception où le principal et le fondamental pour nous, c’est l’avancement des luttes du camp de peuple avec les travailleurs en position centrale. Pour cela, nous devons bien marcher sur nos deux pieds, ainsi et surtout, avancer dans nos luttes autonomes. Nous devons construire les forces capables de conduire les luttes démocratiques correctement et réellement dans notre intérêt. Et, d’un autre côté, il faut que le contrepoids contribue aussi, en même temps, à la construction du camp du peuple. Il doit créer les bases pour que les secteurs du camp du peuple qui peuvent et veulent, vu leur nature, être présentes sur la scène politique à partir des intérêts des travailleurs, préparent cette présence et arrivent à aller plus loin que le simple fait de « brouiller les cartes », comme Préval a pu le faire.

Par conséquent, sur la base de tout ceci, nous disons :

• Dans le cadre des élections, nous devons très clairement comprendre que ce ne sont pas nos affaires qui se règlent. L’important, c’est de toujours avancer à partir de nos luttes autonomes.

• Mais, toujours dans le cadres des élections, les contradictions au sein de l’ennemi, son incapacité à trouver une solution, à conduit à la formation de deux pôles. Nous devons nous placer en face des réactionnaires, des fascistes, bloquer les réactionnaires / construire le contrepoids et avancer dans nos luttes autonomes.

Mais, nous devons être conscients qu’en dépit de nos pratiques pour les bloquer, dans ce système et avec leur travail pour tenter de sortir de la crise, les élections auront lieu. Elles resteront accrochées à leur gorge ! Si des travailleurs ou des individus choisissent l’abstention, celle-ci ne doit pas être passive. Elle doit être militante pour l’avancement des luttes des masses. Elle doit être une abstention toujours basée sur nos positions fondamentales en les diffusant. Mais elle doit être consciente que le niveau global des masses n’atteint pas encore cette conscience et l’abstention militante ne sera pas atteinte globalement dans cette conjoncture. Elle doit être une abstention articulée avec des pratiques favorisant le pôle s’opposant aux fascistes.

Ceux qui ne feront pas abstention doivent clairement se positionner contre le pôle fasciste. Et, dans ce sens, favoriser le pôle qui pourra permettre de meilleures conditions pour le développement de nos luttes. Nous devons être conscients que c’est le processus même qui crée la polarisation du moment (face à la candidature des grands bourgeois, des criminels macoutes ou des putschistes que personne n’est prêt à oublier…). C’est l’incapacité des « démocrates » à gérer la situation ainsi que la domination impérialiste qui ont permis à tous ces éléments négatifs de se montrer au grand jour dans la vie politique de la formation sociale haïtienne. Ainsi donc, aujourd’hui, l’ouverture dépend de nous. Mais nous devons faire très attention car cette ouverture que nous créons nous même, si nous ne la maîtrisons pas parfaitement, peut se retourner contre nous. Aussi, dans le cadre de nos luttes autonomes, et tout en véhiculant nos revendications avec toujours plus de force, nous devons travailler à construire le contrepoids et à le rendre de plus en plus performant.

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QUELQUES-UNS DE NOS POINTS DANS LE CADRE DES ÉLECTIONS 2006

Orientation du gouvernement en charge de l’Etat :

• L’orientation du gouvernement, dans l’intérêt du peuple dont les luttes ont servi de base pour accéder à cette place, est le point clé de toute la situation. Comme nous le voyons, notre mobilisation est la garantie de la réalisation de nos intérêts. C’est dans la lutte que nous les arracherons. Mais pour que ces luttes démocratiques puissent réellement être menées, la première chose qui doit exister, la première orientation qui doit primer, c’est la liberté démocratique. Elle doit être ouverte, élargie, complètement amplifiée, afin que le peuple tout entier puisse s’exprimer en permanence. C’est cet espace que l’équipe des grands-mangeurs a voulu fermer pour mieux pouvoir voler et donner passage aux grands bourgeois. Aujourd’hui nous sommes en période électorale, une période où les candidats et les classes dominantes souhaitent que le peuple « prenne les rues », qu’il crie « vive » et ait l’impression d’être le vrai décideur dans le cadre de ce processus même. Mais faisons très attention ! Ce moment passé, nous les retrouverons à nouveau plus féroces que des chiens enragés. Le camp fasciste promet déjà ORDRE ET DISCIPLINE pour que son exploitation sans limites puisse se réaliser dans le cadre de ce qu’ils appellent « donner du travail ». Tout comme durant l’esclavage. Le pôle Préval, que viendra-t-il dire dans cela ? Tout le petit groupe et secteur négatif qui en fait partie auront une orientation si nous les laissons faire, si nous permettons que ce soit eux qui soient à l’avant. L’extension des libertés démocratiques constitue notre première vraie lutte. En même temps, c’est une lutte qui doit être permanente. En ce sens, le gouvernement doit être un outil pour que le peuple qui l’a élu puisse s’exprimer et arriver à avoir le contrôle de ce qui se fait. Il doit encourager, faciliter toutes les mobilisations où les travailleurs et les masses populaires en général luttent pour défendre leurs droits tout en cherchant à en arracher d’autres.

• De même, le gouvernement doit contribuer à faire avancer les rapports sociaux, dans le sens progressiste du terme, c’est-à-dire son sens démocratique et non pas réactionnaire. Les rapports sociaux archaïques existant dans la production actuellement, en milieu rural comme dans les usines locales et les usines de sous-traitance, doivent être dépassés et céder le pas à d’autres plus avancés et progressistes. Similairement, doivent être dépassés les rapports sociaux régnant dans les maisons et les services – ceux qui méritent d’être éliminés doivent l’être également. Ainsi, le gouvernement doit contribuer au renforcement des forces les plus dynamiques et progressistes.

• Tout ceci doit être réalisé de façon urgente, sans le moindre doute, accompagné de mécanismes de garantie.

• Concernant le capital : le gouvernement doit favoriser la mobilisation du capital disponible à l’intérieur du pays en facilitant l’investissement et le réinvestissement du capital national, pour son maintien et sa reproduction dans le pays. Ceci doit s’accompagner d’un effort pour exiger le paiement des taxes et cesser de gruger les petits contribuables, obligés de payer des impôts dont ils ne sont même pas au courant. Dans une telle perspective, les coopératives de petits travailleurs-propriétaires doivent également être encouragées, facilitées et organisées.

• L’investissement étranger doit être contrôlé. Dans le domaine de la sous-traitance, une orientation doit être adoptée où il ne s’agit pas de simplement viser les grandes marques mais, plutôt, d’établir des liaisons avec les investissements luttant pour une production « propre ». On ne doit pas simplement laisser ces questions aux mains du patronat, le gouvernement doit prendre l’initiative lui-même et même en faire un point de politique étrangère.

• Dans ce cadre, pour permettre à tout ceci de se réaliser, la politique néo-libérale doit être éliminée et nous devons même la combattre car les divers agents bourgeois rapaces et apatrides véhiculant ce projet de mort se glisseront en cinquième colonne pour tout faire en vue de saboter toute orientation progressiste. LE GOUVERNEMENT DOIT AVOIR UNE ORIENTATION CLAIRE POUR LUTTER CONTRE EUX DE TOUTES SES FORCES ET ARRIVER À DÉFINITIVEMENT ELIMINER CETTE ORIENTATION NÉGATIVE. Nous devons être conscients que ceci exigera une attention et une mobilisation immense.

Dans le milieu rural :

• Dès le départ et partout, mais surtout dans les plaines, l’Etat doit nécessairement faire respecter la loi concernant les trois lots, pour sortir du métayage de « deux-moitiés » illégal et qui constitue une domination des grands propriétaires et latifundistes sur les petits paysans. L’Etat doit être extrêmement vigilant sur cette question et même placer des comités spéciaux pour vérifier partout l’application intégrale de cette loi.

• Des dispositions doivent être prises pour écarter une fois pour toutes le Code Rural. Globalement, sous de nombreux aspects, aucune différence de traitement ne devrait exister entre les milieux urbains et ruraux. Cependant, comme il existe de nombreuses spécificités, il faudrait les analyser pour ce qu’elles sont. Une commission spéciale doit être mise sur pied en urgence pour analyser et résoudre cette question, le plus important demeurant le véritable respect et l’augmentation des droits et intérêts des travailleurs ruraux en vue d’améliorer leurs vies et leur capacité d’organisation.

• Le gouvernement doit prendre des dispositions pour avancer vers une vraie réforme agraire posant le problème des terres des grands propriétaires fonciers, bases d’un véritable gaspillage et d’une exploitation féroce. Elle doit s’appuyer sur les luttes existant déjà sur le terrain même. Et elle doit favoriser le regroupement des petites parcelles de terre afin de les rendre efficace, pour que la réforme ne soit pas artificielle.

• Dans le cadre d’une véritable réforme agraire, l’Etat doit obliger le Ministère de l’Agriculture à fournir tout l’encadrement nécessaire à l’amélioration du rendement. De même, les agronomes doivent développer des projets d’irrigation des terres avec les petits paysans. Que seules les terres des grands propriétaires fonciers soient irriguées : cela doit cesser !

• De même, tous les petits paysans doivent bénéficier d’appuis à la production leur permettant de se procurer engrais, semences, insecticide, outils… à des prix abordables, en fonction de leurs capacités. Là encore, l’Etat doit prendre la décision de soutenir toutes les cultures potentiellement malades, comme le café dans certaines zones, les bananes plantain dans d’autres… et les travailleurs doivent faire partie des comités et commissions affectés à cette question. Que ce soit seulement les « notables » qui se réunissent avec l’Etat pour réfléchir à la résolution de nos problèmes : CELA DOIT CESSER !

• Le crédit, pour sa part, constitue une autre possibilité qui doit exister partout, à des taux d’intérêt très bas, pour que nous puissions survivre et réellement progresser en améliorant nos cultures, notre travail, nos vies.

• De même, tous les petits paysans doivent bénéficier de dispensaires, de bonnes écoles, de marchés valables et organisés, d’eau potable généralisée, d’électricité. Bref, tout ce dont ils ont besoin pour pouvoir produire, des routes nécessaires à l’acheminement des produits agricoles et au transport des passagers. Le manque de routes est la cause du gaspillage des produits agricoles. Les routes intérieures doivent être réalisées par étapes (étapes dans la construction de chaque route si nécessaire, étapes en ce qui concerne l’articulation de la construction des routes). La seule manière d’entreprendre tout ceci est à travers une mobilisation populaire régionale. La seule manière pour la mobilisation populaire régionale d’exister véritablement et efficacement est qu’elle soit réellement dans l’intérêt des travailleurs, des petits paysans.

• Ainsi donc, le milieu rural, l’agriculture, les paysans, les travailleurs ruraux doivent obtenir l’attention spéciale qu’ils méritent, afin que ceux-ci puissent trouver des avantages dans leur propre milieu et qu’ils n’aient pas à se déplacer hors de leurs terres, hors des lieux où ils ont grandi. Et, grâce à la réforme agraire, il faut qu’ils puissent trouver davantage de terres à travailler, au lieu de continuer à en perdre incessamment, comme cela continue à se faire jusqu’à présent.

• En ce qui concerne les conflits en milieu rural, les conflits terriens surtout, l’Etat doit assumer ses responsabilités de défendre les travailleurs, les petits paysans qui portent le pays sur leur dos. Il faut que les propriétaires fonciers cessent de les piller de façon éhontée, de les écraser par la mise en place de soi-disant polices rurales avec la complicité des juges des bourgs. Toutes ces mauvaises « affaires », où ce sont toujours les propriétaires fonciers archaïques que l’Etat défend principalement doivent finir !

En Ville :

• Avant tout, les quartiers populaires doivent obtenir une attention spéciale du gouvernement qui sera au pouvoir. Des logements collectifs doivent remplacer les vieilles maisons en carton où la misère planifiée par les bourgeois pour nous nous impose de vivre ; les routes de pénétration doivent être adoquinées » : il doit exister des chemins adoquinés où tout le monde puisse marcher aisément, les ravins doivent être curés… En somme, toutes les mesures d’assainissement général, murs secs sur les terrains à forte pente, escaliers pour que les gens ne tombent pas lors des pluies, toilettes partout, zones collectives à organiser pour que les travailleurs puissent travailler ou pour que la population puisse jouir de loisirs et de lieux de réunion, arbres, eau potable, électricité… Nous ne savons pas, nous ne comprenons pas pourquoi, nous, travailleurs, qui portons ce pays sur notre dos, nous des masses populaires, qui formons le pays en général, l’Etat tient à calculer nos espaces dans des proportions « minimales ». Nous voulons une planification correcte, dans nos quartiers et entre nos quartiers, ceci articulé au fonctionnement de la ville en général. Nous voulons tous les services, toutes les facilités, toute l’organisation nécessaire pour que nous puissions vivre bien.

• Dans nos relations avec le reste de la ville, le plus important pour nous ce sont les transports. Les transports publics doivent être systématisés, multipliés, améliorés, afin que nous puissions circuler aisément. De nouvelles solutions doivent aussi être proposées. Par exemple, à Port-au-Prince, nous devons pouvoir utiliser la mer pour traverser du wharf Jérémie à la Marine Haïtienne, sortir du wharf Quai Colomb pour aller à Mariani… Il en est de même au Cap-Haïtien où Rival doit être ainsi lié à la Petite-Anse ; de même aussi à St. Marc, aux Gonaïves… Dans tous ces lieux, c’est à l’Etat de prendre cela en main. Il ne peut pas laisser des individus malhonnêtes accaparer ce secteur en faisant de juteux bénéfices sur notre dos, ou qui nous dirons que de tels projets ne peuvent se réaliser, qu’ils ne sont pas « rentables ». Et qui les feront échouer. Le problème du transport est des plus importants pour nous. Actuellement, sa gestion est abominable.

• Dans toutes les villes (mais, comme nous l’avons déjà dit, tout comme à l’intérieur du pays), il nous faut des centres de santé, dispensaires, hôpitaux fonctionnant à cent pour cent, gratuits et ayant des soins de qualité et, surtout, un dévouement sérieux et compétent.

• Dans toutes les villes, aussi, les TPTC doivent réparer les rues. Il faut surtout qu’on construise de nouvelles routes pour améliorer la circulation de nos zones à nous. Par exemple, il existe déjà quatre routes (Bourdon, Canapé-Vert, Delmas, Tabarre !) reliant les zones résidentielles bourgeoises (Pétionville, Laboule…) au bas de la ville, tandis que la deuxième route de Carrefour n’a jamais été réalisée et sa construction s’éternise même. Les petits tronçons déjà réalisés se détruisent avant même que le reste ne soit entamé. Ce bluff doit cesser ! Ce martyr doit finir pour nous ! La Route des Dalles doit aussi être construite, ainsi que des tas d’autres routes intérieures à Carrefour. Il en est de même au Cap avec la route de Lafossette ou celle du Bel-Air, de même à Jérémie, aux Cayes…

• Partout dans les villes ainsi que dans les bourgs, les détritus doivent être collectés, les quartiers nettoyés. Il faut organiser la propreté de façon permanente. Tous les corridors doivent être nettoyés pour qu’ils ne sentent plus mauvais, pour qu’ils ne soient plus en lambeaux, pour qu’ils ne soient plus porteurs de germes de maladies. Il faut qu’il n’y ait plus de corridors. Il faut que tous les « lakou » puissent respirer. Il faut que tous les enfants puissent courir et jouer.

• Il faut que les marchés soient organisés. Non seulement il faut que l’extorsion de taxes des petites marchandes par des malandrins CESSE, mais il faut également que les marchés soient nettoyés et organisés. Et il en faut davantage aussi dans toutes les villes. En ce sens, il faut que toutes les petites marchandes qui vendent leurs produits soient traitées et organisées correctement. Il ne s’agit pas de gens « venus à la ville » et qui « envahissent la ville » car la ville est aussi la leur. D’ailleurs, ce sont les travailleurs, leurs parents, qui ont construit les villes, tout comme ce sont les travailleurs qui ont construit tout le pays et que, si ce pays devra un jour être reconstruit, ce seront encore les travailleurs qui le reconstruiront.

• Dans les rues, les artisans de toute sorte et petits commerçants forcés de travailler sur les trottoirs ou dans la rue même, doivent trouver moyen de ne pas le faire de manière aussi exposée, dans la poussière et avec tous les risques auxquels les expose cette situation. L’Etat doit y remédier.

• Le gouvernement devra poursuivre, arrêter et immédiatement condamner tout individu, groupe ou secteur armé entretenant les gangs criminels et commanditant la violence contre le peuple. Dans le même esprit, il faudra poursuivre et détruire de tels gangs pour que la population puisse vivre sans frayeur et sortir de cette nouvelle forme de répression et de terreur. En réalité, ce sont les pratiques des travailleurs et la mobilisation populaire qui fourniront les bases pour la résolution de cette situation, mais des mesures pratiques directes devront également être prises.

Ouvriers et Travailleurs Exploités des Villes :

• Les principales villes constituent le lieu où la classe ouvrière, ainsi que de nombreux autres travailleurs, se trouvent face aux bourgeois exploiteurs. Tout d’abord, l’Etat doit immédiatement forcer tous les capitalistes qui ne respectent pas la loi à rentrer dans l’ordre. Payer le fisc, payer l’électricité, l’eau, etc… : aucune tergiversation, aucun délai, aucun pot de vin ne doit être accepté. Le gouvernement devra les forcer à payer l’ONA et l’OFATMA. Ces bourgeois devront immédiatement se conformer à la loi. Des sanctions exemplaires devront être prises pour ceux qui chercheraient à se soustraire à la loi.

• De la même façon, dans les usines où, durant tous ces derniers temps, les capitalistes font ce qu’ils veulent, comme ils le veulent, quand ils le veulent, il faut que cela cesse ! Le gouvernement devra forcer tous les bourgeois à accepter l’existence de syndicats et à accepter les conventions collectives de travail, comme le stipule le Code du Travail et comme l’exigent les codes de conduite des compagnies étrangères plaçant leurs commandes aux usines de sous-traitance. Des sanctions exemplaires devront attendre tous ceux qui tenteraient de ne pas respecter les différents accords et codes en vigueur. Soit ils respectent la loi, soit c’est le gouvernement qui, une fois de plus, vient bluffer les travailleurs et nous tous des masses populaires.

• Le Code du Travail comprend l’Article 137. Cet article a une importance fondamentale pour nous, vu que c’est lui qui traite des ajustements salariaux que l’Etat corrompu ainsi que les bourgeois exploiteurs ont toujours refusé de respecter. Selon cet article, l’ajustement des salaires doit avoir lieu à chaque fois que le coût de la vie augmente de plus de 10%. Ainsi, si nous calculons le coût de la vie par rapport à la dévaluation de la monnaie nationale, par exemple, nous voyons simplement que pour que les salaires ouvriers soient ajustés, il faudrait, au moins, qu’il représente ce qu’il était à l’époque de Jean-Claude Duvalier. A cette époque, les 15 gourdes du salaire minimum représentaient $3 exactement. Donc, sur cette base, si nous voulons être réalistes et justes, il faut que le salaire ouvrier représente aujourd’hui 127.50 gourdes par jour, au moins. Et c’est bien le minimum. Cet ajustement doit donc avoir lieu au départ.

Quand nous considérons toutes les dépenses qui se sont ajoutées (à cause des distances, des nouveaux besoins, des maladies qui augmentent, de la misère qui s’accroît de jour en jour – donc des dettes aussi) ; quand nous considérons le développement des capacités de la classe ouvrière, plus spécialisée dans ses tâches ; quand nous prenons tout cela en considération, un simple ajustement de salaire devrait être autour de 300 gourdes. Si, maintenant, nous voulons augmenter les salaires des ouvriers, qui est la classe qui produit tout ce qui se fait dans les usines de sous-traitance, au lieu de laisser cette force réelle décliner, péricliter, mourir…, comme les bourgeois avec les divers gouvernements laquais à leur service ont bien l’intention de le faire, si, à présent, nous parlons d’une amélioration des vies des travailleurs, comme cela devrait l’être clairement pour un gouvernement qu’un peuple met au pouvoir consciemment, pour l’aider à sortir du gouffre où il se trouve (donc, en termes clairs, pour attaquer l’augmentation de l’exploitation qui se développe plus fortement aujourd’hui qu’au cours de toutes les vingt dernières années), on peut maintenant commencer à discuter...

• Par ailleurs, les capitalistes qui ne respectent pas la loi dans les milieux de la sous-traitance, un milieu complètement illégal et où fonctionne une impunité totale, devront recevoir des amendes, sanctions et châtiments exemplaires. Cette impunité catastrophique marche main dans la main avec l’impunité politique. Ainsi il nous faut bien comprendre l’articulation existant entre elles pour pouvoir résoudre les deux dans un seul et même élan.

• Parallèlement, le gouvernement devra entreprendre la refonte complète du Code du Travail. Dans les conflits de travail, ce ne sont pas les travailleurs qui ont à subir la logique des bourgeois qui abusent d’eux. Et là encore, le gouvernement aura à appliquer automatiquement des sanctions contre tous ceux qui ne seraient pas décidés à suivre les nouveaux règlements en vigueur.

Le Fonctionnement de l’Etat

• Pour que tout ceci puisse se réaliser, tout comme en milieu rural, seule la mobilisation des ouvriers, celle des travailleurs et des masses en général pourra faire avancer la situation et la résoudre véritablement. D’un côté, comme nous l’avons répété et comme nous l’avons dit clairement au début de ce Bulletin, même quand il s’agit d’un gouvernement arrivé, grâce à nous à la tête de l’Etat, la seule garantie du respect de nos intérêts est notre mobilisation, notre mobilisation organisée, structurée, planifiée et avec une conscience allant vraiment dans le sens de nos intérêts collectifs. C’est cela notre seule garantie. Au cas où le pôle autour de Préval triomphe, comme nous l’avions vu plus haut, nous devrons tenir compte de toutes les contradictions qu’il charrie. Beaucoup sont extrêmement négatifs pour nous. Ils sont mêmes contre nous. C’est notre mobilisation qui constitue notre seul espoir. En même temps, cette mobilisation-là est celle qui devra être articulée à nos exigences vis à vis de l’Etat. Un gouvernement mis en place par nous devra articuler ses actions aux capacités de nos organisations. C’est le seul moyen pour que tous les problèmes puissent être abordés et résolus, sans que ce ne soit des individus qui viennent réaliser d’énormes bénéfices sur notre malheur, ni des fonctionnaires d’Etat qui viennent nous gruger, ni des pays étrangers qui viennent augmenter nos futures dettes en vain. La capacité de résolution de la mobilisation populaire a été largement prouvée en 1986, après le ‘déchoukage’ de Duvalier, quand nous avons nettoyé les rues, les canaux, décoré les murs, parfumé la ville, ce qui n’avait jamais existé auparavant. Dans ce sens, ce qu’il nous faut c’est un appui de l’Etat, une meilleure coordination, des outils, un poids technique, technologique. Le travail, nous le connaissons. Donc, l’Etat doit fonctionner pour coordonner et multiplier l’énergie des travailleurs organisés. Chaque secteur, chaque quartier, doit être relié à une branche des TPTC, du Service National d’Eau Potable (SNEP), de l’Electricité d’Haïti, des Ministères de la Santé, de l’Education, de l’Agriculture… tous, nous donnant leur appui pendant qu’ils centralisent, améliorent, coordonnent et exécutent les projets et actions concertés.

• Pour réaliser cela, nous devons clairement comprendre que nous devrons chasser tous les voleurs, les corrompus, les incapables, tous les parasites qui se trouvent dans les bureaux d’Etat. Mais, au départ, nous devons lutter pour que la transparence existe véritablement. Ceci est essentiel à la défense de nos intérêts réels. Nous savons bien que les voleurs au sein de l’Etat, les corrompus, vont se mettre au travers de notre route. Les grands-mangeurs nous ont déjà prouvé cela. Il faut que nous nous mobilisions pour exiger leur départ. Mais, nous savons tout aussi bien que tous les rackets, toutes les corruptions importantes ont toujours la complicité de grands potentats. Comme à l’accoutumé, ils chercheront à se mettre aux côtés des corrompus qui sont dans l’Etat pour tenter de perpétuer leur système pourri. NOUS DEVONS NOUS ORGANISER ET CONSTRUIRE UNE FORCE POUR LES CHASSER, LES DÉCHOUQUER, TOUS ! Il faut que nous parvenions à les identifier tous, à les dénoncer, à exiger que l’Etat les arrête et les condamne.

• Dans cette lutte, la justice devra jouer un rôle clé. Pour cela, premièrement, nous ne devons pas laisser le gouvernement revenir avec des macoutes à la direction de la justice, comme en 1991 ! Nous devons lutter pour que cet appareil corrompu change du tout au tout. Il faut de nouvelles structures, de nouvelles législations, de nouveaux juges résistants, militants, qui prendront la justice en main. La quantité énorme de crimes importants toujours restés impunis, dont les dossiers pourrissent depuis des et des temps, nous devons les attaquer. Nous devons lutter pour que justice soit faite au sujet de tous les crimes et vols réalisés avant et après 2004. Les nouvelles autorités auront à définir de nouvelles procédures et fonctionnements, dans la totalité du système judiciaire. Et ils devront développer des mécanismes et les faire fonctionner même pendant le processus de changement de l’appareil.

• De même, nous ne pouvons pas permettre qu’au Ministère des Affaires Sociales et du Travail, on place des bourgeois en position de direction, comme les grands-mangeurs lavalas l’avaient fait avec une bourgeoise férocement en défense de sa classe, qui avait torpillé les travailleurs et corrompu le ministère en utilisant les ressources de l’Etat pour ses propres affaires. La réforme du Ministère des Affaires Sociales et du Travail devra s’attaquer à la politique sociale de l’Etat, il devra la définir et mettre en vigueur une vraie politique de sécurité sociale, par exemple. Il devra maintenant s’occuper réellement des conflits de travail qui sont extrêmement aigus sur la base du Nouveau Code du Travail à élaborer. Le Ministère des Affaires Sociales ne doit pas se résumer à être un bureau distribuant tous les vendredis des chèques. Il doit avoir des moyens pratiques bien définis, des employés compétents et, en cela, c’est toute la conception du Bien-Être Social (IBESR) qui doit être repensée.

• Ainsi donc, la politique de l’Etat ne doit pas être une politique de pillage, et les employés de l’Etat doivent rendre des comptes de tout ce qu’ils font, ce qu’ils touchent et en donner le pourquoi. En même temps, aussi, QUELQUE SOIENT LES POSITIONS QU’OCCUPENT LES GRANDS COMMIS, ils ne peuvent pas continuer à percevoir des salaires extraordinaires qui s’ajoutent à des frais et per diems exorbitants, comme ils le faisaient et continuent à le faire jusqu’à présent. Les salaires et frais des grands employés doivent baisser drastiquement. L’Etat n’est pas un lieu où les gens viennent amasser un pactole. Il doit être réellement un service. Aussi, ce sont tous les salaires de l’Etat qui doivent être revus, repensés, ajustés.

• En ce sens, il faut que les intellectuels et technocrates se reprennent. Eux qui ont toujours ergoté sans jamais pouvoir résoudre quoi que ce soit. Ce dernier gouvernement incapable nous a bien montré toutes leurs limites, tandis qu’il continuait à nous révéler l’aspect asservi de la classe petite-bourgeoise.

Pour que tout cela se réalise, pour que l’Etat commence à fonctionner dans le but de résoudre les problèmes qui nous assiègent et arrive à réellement fournir des services, non seulement la mobilisation constitue notre seule garantie mais encore nous devons exercer un contrôle sur le processus de changement en soi. Même en étant ferme, la mobilisation n’est pas un outil capable de nous donner une vraie précision sur ce qui se fait, son déroulement et s’il se réalise vraiment dans notre intérêt. Il n’y a que le contrôle qui puisse nous permettre de suivre, vérifier, demander rectification, exiger des blocages… Contrôle ouvrier au Ministère des Affaires Sociales et du Travail, contrôle des organisations de travailleurs dans les quartiers sur les travaux des TPTC, à l’EDH, au SNEP… tant sur le terrain que dans les bureaux. De plus, il nous faut chercher à agir sur les interventions concrètes – afin d’avoir matière à suivre, ce qu’il nous faut suivre vraiment et bien. Certainement, tout cela est à arracher. Ce que nous avons commencé à entreprendre sur ces questions dans les zones où nous nous trouvons doit continuer dans notre ligne et avec toujours plus de conviction, et avec un plus grand sens de responsabilité. Mais il y a un autre élément important : nous devons être clairement conscients de la faillite de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie. Tout le monde doit clairement comprendre que la condition pour tout avancement actuellement est la réalisation à partir de nos intérêts, en tant que travailleurs, que ce soit partiellement ou totalement.

Les grands dossiers que l’Etat devra résoudre de façon pondérée, mais rapide :

• Le premier grand dossier que le nouveau gouvernement devra résoudre sans tarder une seconde, c’est prendre toutes les dispositions pour retirer cette armée étrangère du pays. Retirer cette force étrangère du pays, la domination de la « communauté internationale » qui humilie les Haïtiens par sa simple présence. De même, il devra éliminer tous les accords concédant les eaux territoriales et l’espace aérien national à d’autres puissances. De même, nous devons contrôler notre frontière, avec une attention spéciale quant au respect des droits des travailleurs haïtiens.

• Le problème de l’armée ne peut ni ne doit être non plus esquivé. Le gouvernement doit ouvrir un débat sur la question, pour qu’elle soit débattue et traitée réellement avec la participation des travailleurs. Et, nous autres travailleurs, nous nous mobiliserons pour faire passer notre position.

• Le dossier des travailleurs haïtiens en République Dominicaine doit être abordé dans l’intérêt des deux peuples. Donc avec sang froid. Mais aussi sans la démagogie, ni la tromperie qui a toujours accompagné l’analyse de cette question jusqu’à présent. Nous rappelons la position émise par Batay Ouvriye, savoir que ce sont les classes dominantes des deux pays qui ont toujours eu intérêt à diviser les peuples travailleurs des deux pays. Résoudre ce problème demande d’avoir une conscience claire sur la base du problème.

• Dans ce même esprit, il faut que ce gouvernement prenne position clairement sur le CCI qui est un code réactionnaire dirigeant le pays actuellement et qui nous a été mis au cou par la bourgeoisie rapace, apatride et anti-nationale.

• Le gouvernement devra organiser un contrôle sur les ONGs. Ceux-ci fonctionnent sans que l’on sache ce qu’ils font ou ne font pas à travers le pays. Et, dès que nécessaire : proscrire tous ceux qui doivent être proscrits. Le problème de la disparité des salaires qu’ils reproduisent sur tout le territoire doit être résolu. Les interventions réelles dans les zones d’opération doivent être plus basées sur la solidarité que sur le bluff humanitaire. Et elle doit être réelle. Ainsi donc, il faudra les contrôler avec l’aide de l’Etat et l’aide de vraies organisations se trouvant sur le terrain. Les ONGs des zones rurales devront cesser de contribuer à reproduire la disparité locale en acceptant que des individus se présentent à elles avec des soi-disant petits projets afin de leur soutirer de l’argent. Par ce vol, ils pensent ainsi créer la base, le capital qui leur permettra de devenir de futurs petits politiciens qui fourvoiront les masses. Il faut beaucoup de vigilance et d’étique dans ce domaine.

• Le problème de l’annulation de la dette doit être posé rapidement et bien. Non seulement pour permettre, dans un premier temps, au capital d’être disponible mais aussi pour enlever cette charge sur le dos des petits paysans et travailleurs des villes. En effet, ce sont eux qui, par le biais des intérêts colossaux imposés sur leur crédit, paient cette dette à partir de leur travail.

• L’un des éléments les plus importants dans le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, c’est le pétrole. Le gouvernement devra avoir une position claire sur cette question. Non seulement pour réduire radicalement les bénéfices que les capitalistes font sur le dos de la population, mais encore pour rechercher des sources alternatives d’approvisionnement. Le gouvernement devra favoriser une politique énergétique comprenant le vent, le soleil, les chutes d’eau, les substituts à la gazoline. La politique étrangère du gouvernement devra permettre au prix de la gazoline, surtout, de baisser radicalement.

• Une politique permettant de résoudre le problème de l’eau potable (protection, forages, sources) devra être établie.

• Pour réaliser tout cela sans encombres ou détresse, il faudra l’accompagner d’une politique monétaire bloquant l’inflation, une politique basée sur le contrôle des prix de toutes les marchandises par des mécanismes efficaces, dans l’objectif clair et déclaré de baisser la vie chère.

• Il faudra que l’orientation au niveau de la santé vise clairement à résoudre les problèmes de santé de la population. Nous ne pourrons pas accepter que des individus décidés à s’enrichir aux dépens des malades dirigent l’orientation d’un gouvernement qu’un peuple conscient aura mis sur pied. Donc, la médecine doit être générale, préventive et communautaire. En ce sens, le travail fourni par les médecins cubains en est un exemple clair. Cette coopération devra être soutenue et élargie. Les médecins haïtiens ayant étudié à Cuba et qui ont déjà cette orientation doivent renforcer ici l’expérience des médecins cubains afin de mieux organiser et étendre cette orientation médicale. Il s’agit d’une orientation véritablement au service de notre population, où même les médicaments tiennent compte de plus en plus des connaissances phytopharmaceutiques, meilleures et moins chères, et capables de soigner plus de maladies. Le gouvernement devra renforcer, élargir et répéter cette orientation dans tous les domaines, l’éducation et en particulier l’agriculture. Il faut que la politique du gouvernement dans ce domaine ne reste pas seulement globale, sans avoir une application réelle.

• Sur la question de l’Etat et de la religion : Toutes les religions doivent fonctionner sur un pied d’égalité et sur une base privée et personnelle, n’impliquant pas l’Etat. En ce sens, le plus rapidement possible, toutes les attaques, ouvertes ou voilées, de certains serviteurs de l’impérialisme, en particulier contre le vodou, doivent être abolies et les grosses sommes d’argent qui se collectent et se distribuent dans certaines chapelles évangéliques pour diviser le peuple travailleur doivent également cesser. L’Etat doit jouer son rôle afin que les différentes religions puissent atteindre équilibre et égalité dans leur fonctionnement général dans le pays, tout en accordant une importance particulière au vodou en tant que patrimoine culturel national. Ainsi, pendant que l’équipe au gouvernement devra éliminer toutes les subsides à l’église catholique – tenant compte de la misère énorme du peuple et, surtout, de la fortune du Vatican –, tenant compte en plus que le Concordat est mis en question, le gouvernement devra définir et faciliter un travail spécial pour permettre la structuration du vodou à partir de sa base, donc les lakou des zones rurales et les lakou et péristyles des villes, de façon à permettre que l’Etat soit réellement en mesure de mettre en vigueur la législation qui reconnaît le vodou en tant que religion. L’Etat devra contrôler le nombre d’églises protestantes éparpillées à travers le pays sans que personne ne sache ce qu’elles font.

*

Il s’agit là d’un minimum. Pour que nous puissions l’atteindre à partir de nos mobilisations, il faudra que ce soit dans le cadre de la construction du contrepoids bien articulé au développement de nos pratiques autonomes. Mais l’Etat et les organisations de divers secteurs devront jouer leur rôle. Ceci exigera aussi qu’on transforme les entreprises d’Etat qui sont une base pour le vol et la sinécure. Que l’Etat contrôle les secteurs stratégiques, de plus en plus chaque jour. Le blocage de toute privatisation. Qu’on re-nationalise ceux qui avaient déjà été privatisés et qu’on en reprenne un contrôle organisé. Que le gouvernement joue sur les termes d’échange et sorte de l’assistanat. Donc qu’il sorte radicalement de l’orientation néolibérale.

Tout ceci exigera une très grande lutte. Mais aujourd’hui, cette lutte est impérative : nous devons prendre position. L’Etat doit adopter des mesures pour pouvoir avancer. Il faut des débats permanents sur toutes les questions à portée globale. L’Exécutif doit clairement jouer un rôle en ceci. NOUS DEVONS L’Y FORCER !

À BAS LE PÔLE FASCISTE !

PRÉPARONS-NOUS À LUTTER SANS INTERRUPTION !

VIVE LA LUTTE DES MASSES POPULAIRES AVEC LES TRAVAILLEURS EN POSITION CENTRALE !

Positions: