Batay Ouvriye Banner
Juillet 2005

Pendant que les autorités haïtiennes brillent comme toujours par leur absence face aux exactions que subissent nos compatriotes en République Dominicaine, ce sont des organisations progressistes dominicaines elles-mêmes qui, aux Etats-Unis, se mobilisent, conjointement avec des organisations de solidarité haïtiennes et internationales, face aux consulats, devant l’ONU… C’est cette coalition qui également nous informe sur le projet de Traité de Libre Échange pour l’Amérique Centrale et la République Dominicaine (CAFTA-DR) actuellement en passe d’être ratifié par le congrès américain. Ayant produit une traduction libre d’une des interventions du Grassroots Haiti Solidarity Committe sur le sujet, nous la retransmettons à la presse et à certaines listes électroniques, pour le public en générale.


CAFTA – RÉPUBLIQUE DOMINICAINE: UNE SITUATION FATALE POUR LES TRAVAILLEURS!

Le Traité de Libre Échange pour l’Amérique Centrale (CAFTA en anglais), est un traité régional en négociation actuellement entre les Etats-Unis et cinq pays d’Amérique Centrale : le Guatemala, le Salvador, Honduras, Nicaragua et Costa Rica. La République Dominicaine y a été ajoutée en août 2004.

Que signifie « libre » dans le titre « Libre Échange » ? Nullement que vous ou moi obtiendrions rien gratuitement. Mais, uniquement, que les grosses corporations multinationales auront plus de liberté pour investir là où elles voudront et importer sans barrière aucune. Elles obtiendront également le bénéfice des privatisations des services publics qui accompagneront ce processus ainsi que la réduction des contraintes d’échange ; elles imposeront leurs produits aux marchés étrangers et bénéficieront de la main d’œuvre à salaire de misère des pays dominés... Grâce à ces avantages que le Traité de Libre Échange permettra aux multinationales d’acquérir partout, et à cause de la menace permanente de délocalisation qui alors s’ensuivra, les travailleurs, de leur côté, se verront tendanciellement forcés d’accepter cette situation de « main d’œuvre à meilleur marché » s’ils ne voudront pas perdre irrémédiablement leur emploi. Cette logique, si elle consistera en un avantage – d’ailleurs déclaré – pour les bourgeoisies locales, ne représentera, pour les travailleurs, qu’une impasse fatale de misère et de répression garanties. On leur promettra du travail, aux seules conditions de toujours accepter un salaire de misère – d’ailleurs de plus en plus bas en termes réels - et de se tenir coi.

Ce processus a déjà été entamé aux Etats-Unis mêmes où grand nombre de compagnies ont quitté ce pays, justement à la recherche de la main d’œuvre de misère des pays dominés, y laissant sans emploi une énorme quantité d’ouvriers. Pendant ce temps, dans les pays pauvres, les ouvriers des diverses factories sont forcés d’établir entre eux une dure compétition pour l’offre de la main d’œuvre à meilleur marché, tandis que les petits paysans et les petits entrepreneurs se voient poussés vers une irrémédiable faillite.

NAFTA (Traité de Libre Échange pour l’Amérique du Nord, en anglais), qui depuis 1993 inclut les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, a déjà fait perdre 800,000 emplois aux Etats-Unis, tandis que les factories du Mexique ont vu leurs salaires réels baisser de 27 % et que des milliers de petits paysans ont été dépossédés de leur terre.

« Libre Échange » signifie en clair : « liberté d’exploiter » !

Qu’y ont à gagner les travailleurs ? Rien ! En théorie, l’on veut nous faire croire qu’une compétition plus ouverte entraînera une réduction des prix mais, pour nous autres, la première et définitive réduction de prix sera celle de notre force de travail ! Nous nous verront forcés de toujours le réviser à la baisse, pendant que, dû à leur privatisation, les services se feront pour nous de plus en plus rares et de plus en plus chers. Le retrait annoncé de l’État et sa faillite déjà consommée rendront encore plus vulnérable l’environnement déjà fort malsain et des plus minable qui nous entoure…

Par dépit, talonnés par l’opportunisme des centrales jaunes mais surtout à cause et à partir de la répression qui accompagnera cette nouvelle mesure, les syndicats combatifs perdront beaucoup de leurs membres s’ils ne sont disposés à lutter de toutes leurs forces. Les multinationales, aidées en ce sens par les bourgeoisies locales et par les gouvernements actuels complètement vassalisés, augmenteront infiniment leur taux de profit. Elles auront tous les droits. Ceux des travailleurs resteront, s’ils existent, sur du papier. Avec ces « Traités », la vie des travailleurs en nos pays déjà si dominés, deviendra alors un véritable enfer. La vie des travailleurs en pays industrialisés également ne tiendra qu’à un fil. Tous nous perdrons !

Les propriétaires des usines de la sueur (‘sweatshops’ en anglais), en Haïti et en République Dominicaine, sont les bouillants sous-traitants des corporations transnationales, avides de pouvoir investir dans cette main d’œuvre à bon marché des zones franches où les avantages leur seront remis « bab e moustach ». Tous sont partenaires dans l’exploitation à outrance qui se pratique sur l’île entière. Déjà, les récentes déportations des travailleurs haïtiens de la République Dominicaine vers Haïti, sont utilisées pour réprimer et intimider l’ensemble des travailleurs des deux pays. La répression des travailleurs haïtiens en République Dominicaine sert à rabaisser la valeur de la force de travail (le salaire) de tous les travailleurs en République Dominicaine car elle force tous les travailleurs à accepter des salaires de plus en plus bas. Une fois en Haïti, ces déportés aideront à grossir encore plus la masse des chômeurs, augmentant ainsi encore plus la pression sur les salaires généraux. Et, plus brutale et criminelle sera la déportation, plus détruits seront ces déportés et encore moins ils entreverront une valorisation adéquate de leur force de travail. Si ce processus de déportations brutales foule au pied les droits les plus fondamentaux des travailleurs et va même jusqu’à les traumatiser, il profite par contre entièrement aux bourgeoisies sous-traitantes des deux pays. C’est pourquoi les gouvernements actuels à leur service, en République Dominicaine comme en Haïti, n’empêcheront jamais réellement ces crimes, sauf si leur indécence arrive à gêner leur image internationale.

Durant la rencontre des chefs d’Etat des pays des Amériques (Cuba exclus), les 12 et 13 janvier 2004 à Monterey, Aristide, dans sa quête de reconnaissance à l’époque, eut à signer un document accordant 18 zones franches à des firmes étrangères ! Un ensemble d’entre elles avaient déjà été proposées par l’Association des Industriels d’Haïti tout au long de la frontière (voir la présentation de cette association concernant celle de Ouanaminthe : « Zone Franche Ouanaminthe Twin Plant Project Haiti and Dominican Republic » Haiti-Adih, june 2002) : c’est l’aubaine que visent aujourd’hui les promoteurs du CAFTA-DR, ce plan qui cherche à capitaliser sur la misère des travailleurs haïtiens.

En tant que travailleurs, nous ne pouvons endosser un plan de supposé « développement économique » dont le succès ne dépend que de notre misère. Sans se laisser diviser par des querelles forgées et entretenues par les dirigeants, travailleurs haïtiens et dominicains devront, par contre, s’unir pour, ensemble, défendre leurs droits et faire face aux projets des bourgeoisies de l’île !

Positions: