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RAPPORT SUR LE XVe CONGRÈS DE LA FÉDÉRATION SYNDICALE MONDIALE ET NOTRE PRÉSENCE INVITÉE

Du premier au quatre décembre 2005 eu lieu à la Havane, Cuba, le XVe congrès de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM). A travers la Centrale des Travailleurs de Cuba (CTC), notre organisation, Batay Ouvriye, fut invité à participer en tant qu’observateur. Un document préparatif « d’Orientation Politique » avait été envoyé préalablement à tous pour commentaires, discussions et approbation au congrès. Un autre, informant « … sur la situation de la FSM et ses activités depuis le XIVe congrès » fut présenté et commenté à l’ouverture. Figurait également à l’agenda les élections du nouveau Conseil présidentiel.

Sur la base des présentations des délégués qui, d’une façon ou d’une autre, concernèrent les thèmes qui y étaient inclus, le document « d’Orientation Politique » fut ainsi discuté en plénière. Certains échanges partiels en atelier eurent également lieu, en vue de leur approbation en plénière le dernier jour. De même, à partir de ces multiples présentations et débats, fut rédigé une « Déclaration Finale », mise aussi en discussion et approuvée avec quelques légers amendements. Enfin, certaines « Résolutions » accompagnent la déclaration de principe. Ces documents furent remis au Conseil Présidentiel qui, par l’intermédiaire d’une commission de travail, les révisa avant de proposer à l’assemblée leur version finale. L’ensemble de ces documents seront disponibles très bientôt sur le site web de la FSM, renouvelé à l’occasion.

Les principaux thèmes touchés dans les présentations et débats furent :

- L’impérialisme et ses Interventions Néolibérales Dévastatrices (pillages, vols, privatisations, ajustement structurel, traités, domination politique, économique, culturelle…) ;

- Le Capitalisme comme Logique Ennemie ;

- Le Syndicalisme de Classe, Réponse Cohérente des Travailleurs ;

- Le rénovation de la FSM à ce sujet et le Combat face au Bureaucratisme et à l’Economicisme ;

- L’Unité des Luttes Ouvrières comme Méthode Accumulative mais aussi comme Concentration Qualitative de Forces ;

- L’Ouverture Stratégique vers les Alliances (ethniques, paysannes, de quartiers, de forums…) ;

- L’Appui à toutes les Luttes Anti-Impérialistes et la Souveraineté.

D’autres sujets, comme la Délocalisation des Entreprises, le Travail des Enfants, les Inégalités de Genre dans le milieu syndical en soi, les Droits des Travailleurs Emigrés, le Secteur Informel, les Changements dans la Structure de Classe du Prolétariat, les Orientations au sein de la classe ouvrière américaine et les ruptures occasionnées dans l’organisation, la lutte pour le Contrôle Ouvrier sur les Sources Énergétiques Nationales, la Mobilisation en tant qu’Outil Essentiel de Lutte, le Financement des Luttes et l’Autonomie en tant qu’orientation différenciante, les Licenciements et les Tactiques à Construire pour y faire face, la Répression Gouvernementale et les Mécanismes de Résistance, le Saut Qualitatif Indispensable dans cette Période Historique … … … furent également largement présentés et débattus.

Cependant, vu qu’était sur la table un débat au sujet d’une possible fusion avec d’autres centrales internationales (CISL, CMT), le thème de l’Unité fut celui de plus grande controverse. En effet, si tous s’accordaient sur la nécessité d’une concentration de forces essentielle en cette période historique, pour faire face à l’offensive impérialo-capitaliste, tous ne s’accordaient pas sur le degré d’ouverture souhaitable. Certains défendaient la plus grande tolérance et ouverture, tandis que d’autres (la Centrale Syndicale Classiste – CSC – du Brésil, la Confédération Générale des Travailleurs du Pérou – CGTP -, le Front des Travailleurs de l’Energie – FTE – du Mexique, entre autres…), se basant précisément sur le principe fondamental de classe qui constitue la FSM et lui confère sa nature propre, n’acceptaient pas d’inclure dans une unité, même si ample, les centrales qu’ils considéraient « de conciliation » avec la bourgeoisie et qui ont joué un rôle réactionnaire contre les luttes pour la souveraineté et les pouvoirs populaires progressistes en Amérique Latine, spécifiquement.

En tant qu’observateurs, nous sommes restés discrets, discutant cependant le thème en aparté et y appuyant ces derniers défenseurs déterminés du syndicalisme de classe, autonome et qui en aucune manière ne doit inclure les centrales ou organisations qui ne respectent pas ces principes fondamentaux dans son organisation internationale. Profitant de ce débat pour expliquer la situation haïtienne et les déviations mortelles qui y ont justement charriées par le populisme, nous avons appuyé par un bref message que nous avons été invité a rendre publique sur le podium de la plénière, le syndicalisme de classe et les conséquences qu’il doit alors véhiculer. De plus, nous avons insisté sur la structure que doivent avoir les alliances et notre position à ce sujet, en vue de sa meilleure organisation et lutte, non seulement contre l’ennemi principal, l’impérialisme-capitalisme, mais aussi en vue de combattre et dépasser une manifestation fatale qui peut surgir au sein même du camp du peuple, le Populisme. Cette présentation fut retransmise à la télévision cubaine et, à la fin de la journée, nous fumes interviewés par deux chaînes de radio (Radio La Havane et Radio Reloj). Notre message se trouve en annexe et toutes seront également disponibles sur le site Internet de la FSM aussitôt que possible.

Le quatrième et dernier jour, le congrès fut honoré de la présence du Président de l’Assemblée cubaine, M. Ricardo Alarcón Quezada. Au cours d’une allocution juste, il fit ressortir le rôle extrêmement important revenant à la classe ouvrière mondialement face aux avancées offensives extraordinaires perpétuées, totalement illégalement, par les gouvernements impérialistes qui peuvent compter en cela sur la totale impunité qui leur permise par leur force brutale. Cependant, la force, au contraire, qui porte le monde sur ses épaules, le principal antagonisme opposé à ce impérialisme-capitalisme dévastateur, et, d’où, la plus importante en vue de l’émancipation accomplie de l’humanité ainsi que pour les luttes actuelles, la classe ouvrière, donc, est fondamentale « … simplement pour que le monde ne disparaisse pas ! ». La lutte idéologique qui tendra a être mené, alors, représente, aujourd’hui, l’une des plus difficiles jamais vues. En effet, confronté aux calomnies, mensonges et désinformations des impérialistes et de leurs alliés, la recherche de la vérité demeure des plus importantes. En cela, le peuple le plus emprisonné de est le propre peuple nord-américain. Un exemple clair est le « black-out » complet accompagnant le jugement des cinq cubains incarcérés aux Etats-Unis, qui, en plus d’avoir écarté tous les décisions légales, ne laissa sortir aucune information à ce sujet. Heureusement, certains camarades (de Costa-Rica, plus précisément) maintiennent dans leur pays une mobilisation permanente (le 5 de chaque mois, face à l’ambassade nord-américaine). Une proposition de résolution visant à entreprendre cette même action partout fut alors immédiatement faite et acceptée.

Clôturant l’évènement, le dernier jour, une visite était organisée à l’Ecole de Médecine de l’Amérique Latine où étudient les étudiants défavorisés de divers pays de la région qui y bénéficient d’études gratuites et du haut niveau de qualité de l’enseignement. Durant l’après-midi se tint le processus électoral et la présentation des élus était confirmée en Assemblée. Les noms officiels seront diffusés par la même voie internet.

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Certaines autres activités eurent également lieu en marges des réunions principales. Ainsi, durant les heures de repos, les délégués concernés par des thèmes particuliers se sont rencontrés. Ceux qui nous intéressaient en partant étaient les questions des ouvriers des industries Textile, Énergie et, ensuite, de la Construction. Les synthèses des discussions formelles nous seront envoyées par courrier électronique et seront disponibles dans nos locaux pour consultation populaire ouverte, de même qu’un grand nombre de revues et autres documents qui nous furent remis par les présents naturellement plus proches.

Au niveau de l’organisation, le congrès a été un grand succès. Au sujet des différents positions discutées et entérinées, nous pouvons dire malgré tout, qu’à notre avis, il a manqué de critiques lucides sur certaines pratiques des centrales faisant partie de la FSM ou d’autres proches qui continuent en termes de bureaucratisme ou d’économisme. En réalité, même quand nous avons pu constater une volonté nette de les dépasser ces limites, la carence de mécanismes concrets permettant d’effectuer ce passage était également patent. D’un autre côté, les situations extrêmement pénibles de grands nombres d’ouvriers à travers le monde n’ont souvent pas été mentionnées, voire dénoncées ; nous pensons particulièrement à celle des ouvriers chinois, où dans le secteur de textiles, salaires de misère, conditions de travail exécrables et répression sévère constitue la règle.

Malgré tout, nous pouvons dire que la rencontre fut fort fructueuse et les débats, même quand parfois polarisés, rendent compte au contraire de la revitalisation – nécessaire – qui est en train d’avoir lieu dans le milieu syndical classiste international.


MESSAGE DU DÉLÉGUÉ DE BATAY OUVRIYE AU XVe CONGRÈS DE LA FÉDÉRATION SYNDICALE MONDIALE (FSM)

Au nom de nos camarades de Batay Ouvriye, au nom des ouvriers, travailleurs et des masses populaires d’Haïti, je vous remercie, avant tout, de nous avoir invité à ce XVe congrès si important de la Fédération Syndicale Mondiale (FSM) et de nous permettre exceptionnellement de prendre la parole aujourd’hui. Remerciements, également, de simplement pouvoir être à Cuba, la révolutionnaire. Et, finalement - mais non moins - de pouvoir être avec le Peuple cubain, ses travailleurs, ses ouvriers, côtoyant le bonheur serein de tous ceux-ci et leur stature si naturellement droite.

Permettez-moi, donc, de profiter de cette occasion pour saluer tant la Révolution cubaine en marche, que le processus révolutionnaire bolivarien dirigé par le Venezuela, se radicalisant davantage de jour en jour. A ces processus qui posent la satisfaction totale des revendications des travailleurs et leur véritable émancipation historique, nous apportons notre appui le plus sincère. De même, nous saluons et transmettons notre totale solidarité avec toutes les luttes de tous les peuples. Celles d’aujourd’hui comme celles historiques, faisant ressortir, en particulier, les victorieuses révolutions russes, chinoises, vietnamiennes… sans oublier les immenses luttes de la classe ouvrière américaine qui, en 1886, nous léguèrent dans leur sang les « huit heures » ou encore, celles du peuple français arrivant, en 1871, à ouvrir, avec la Commune, les portes au « pouvoir ouvrier ».

Dans ce sens, nous voulons saluer hautement également le processus de rénovation et de restructuration de la FSM que nous souhaitons profond, autant que son orientation classiste que certains ont fait ressortir avec grande énergie. De fait, cette orientation est la seule capable de nous permettre de nous concentrer suffisamment pour que nous sortions victorieux de batailles aussi difficiles que celles que nous menons et nous emmener non seulement à un retournement de la situation vers l’offensive mais aussi, ainsi, garantir le saut qualitatif nécessaire.

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Aujourd’hui, en Haïti, la situation est des plus graves.

Après un large mouvement populaire qui, malgré ses limites inhérentes, était parvenu non seulement à expulser les Duvalier et consorts mais aussi à mener une lutte permanent pour ses revendications propres, nous assistons à une véritable déviation, suivi d’une grande usurpation de ces luttes de la part des dirigeants, divers au début, la grande majorité en final.

Une fois au pouvoir, ils subirent un dur coup d’état contre eux, suite à quoi, cependant ils revinrent au pouvoir grâce aux mêmes forces impérialistes qui les avaient renversés, mais non sans avoir abandonné la quasi-totalité de leur programme populiste. Ils s’engagèrent alors à perpétuer une corruption généralisée qui les aura permis d’accumuler parmi eux-mêmes, et facilitèrent (et organisèrent) une forte pénétration impérialiste. Militaire, pour commencer, avec l’intervention américaine de novembre 1994 et avec la signature après d’un accord permettant aux forces de la Drug Enforcement Agency (DEA) étasunienne de s’occuper du total control tant des eaux territoriales que de l’espace aérien haïtien ; politique, ensuite, donnant plein passage aux réformes néolibérales imposées par le FMI. Egalement, dans le domaine plus strictement économique, nous assistons, après la destruction antérieure de l’économie nationale lancée par les régimes duvaliéristes, à la mise en marche d’un pas plus avancé pour l’implémentation de l’exploitation de la main d’œuvre, alors disponible et pour le moment abattu, avec la signature de diverses zones franches totalement incontrôlées et la construction de la première parmi elles dans la région frontalière. Dans cette ambiance néolibérale profuse, il n’est pas surprenant que ceci fut le moment historique révélant la concentration la plus rapide du Capital, à travers le large développement des secteurs monopolistes et surtout financiers.

Tout ceci au coût de la dynamique populaire de lutte, au coût du bien-être du travailleur, ouvrier, paysan, artisan, dans notre sueur même et, parfois, au coût de nos propres vies, tel que cela survint dans des conflits hautement antagoniques au cours desquels les bourgeois ou autres classes dominantes ont toujours bénéficié durant cette période de l’appui gouvernemental.

Avec ces avenues tracées, tant le pouvoir que l’opposition bourgeoise – éternellement en contradiction exclusivement opportuniste – appelèrent tous les deux à une nouvelle occupation ! Ainsi, réellement, aujourd’hui, il s’agit d’une complète, véritable invasion impérialiste qui, peu à peu, adopte la forme de tutelle. De fait, les forces de l’ONU n’ont pas seulement envahi les locaux ouvriers et paysans, arrêtant les syndicalistes et humiliant les ouvriers à leurs postes de travail, mais ils ont aussi organisé des massacres clairs dans les quartiers populaires où, sous le prétexte de combattre l’insécurité « terroriste », ils lancent leurs offensives contre le peuple même. De plus, le contrôle politique se dessine à Washington, avec le relais des diplomates de l’ONU et de l’OEA dans le pays. Un accord supposément intérimaire, le CCI, (mais qui restera en vigueur jusqu’au milieu de 2006 - soit six mois après la prise de pouvoir du nouveau gouvernement élu – et appelé à se renouveler jusqu’en 2009 et, ensuite, jusqu’en 2015) orient définitivement le pays vers le cap néolibéral et l’occupation de facto quasi permanente.

Que ces forces soient sous le commandement et le contrôle des impérialistes américains, français ou canadiens… ne surprend personne. Qu’elles soient aussi sous direction brésilienne, argentine, uruguayenne… gouvernements progressistes arrivées au pouvoir grâce à l’unique confiance que leur firent les travailleurs ou grâce a d’immenses résistances et mobilisations populaires, cela est autre chose… qui nous laisse hautement perplexes et évidemment, face à une contradiction de taille ! Le populisme, tant haïtien que latino-américain, nous enseigne à tous, si cela était encore nécessaire, son danger.

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Pour cela, un thème, au cours des discussions en atelier et en plénière, nous laissa une réflexion que nous pensons préoccupante et que nous voudrions partager avec l’assemblée : c’est celle des alliances. Le camarade libanais nous avait parlé de celles qui, dans son pays, se forment entre les bourgeoisies (internationales et nationales) et les classes dominantes féodales, toutes sous la direction du grand capital et de ses gouvernements sur place. Là, nous nous rendons compte de la précision structurelle de la pratique ennemie : à l’intérieur de son Camp, il existe différentes classes et, par logique historique, certaines sont naturellement d’avant-garde. Dans le notre aussi. Par principe et face à l’envergure concrète de l’attaque contraire qui aujourd’hui nous concerne tous, les alliances dans le Camp du Peuple sont obligatoires. Cependant, pour pouvoir les réaliser face tant au Capital – le véritable ennemi sur ce plan étant le plan néolibéral – que le populisme – dont nous connaissons tous les limites et l’aspect mortel qu’il entraîne pour toute lutte conséquente – notre Camp aussi doit être structuré. Hautement et strictement structuré. Non seulement pour une mobilisation plus claire, non seulement en vue d’une meilleure orientation mais aussi, et peut-être surtout, pour nous assurer de la marche permanente et ininterrompue de notre lutte. Ainsi, il ne peut s’agir d’alliances non structurés, où se mêlent toutes les classes et où elles sont toutes « au même niveau ». si nous sommes clairs sur les objectifs de l’impérialisme, si nous percevons clairement le fait qu’il s’agit là d’un type plus avancé de l’implémentation proprement capitaliste, il faut lui confronter la logique anti-impérialiste la plus claire : la logique anti-capitaliste.

Cela, seule la classe ouvrière peut le réaliser. Du fait d’être, tant par sa position dans la production que par les humiliations frontales qu’elle subit quotidiennement, celle qui est concrètement antagonique au capitalisme. D’où notre rôle d’avant-garde dynamique que nous devons revenir à occuper, dans les alliances paysannes, de quartier, dans les mobilisations et orientations des forums, locales, régionales ou mondiales… De là le rôle dont nous devons assumer la responsabilité en contribuant à la conférer à la FSM !

VIVE, DONC, LA RESTRUCTURATION DE LA FSM DE LA BASE ET IRRADIANT À TOUTES LES SPHÈRES DE LA LUTTE !

QUE VIVENT AINSI LES LUTTES DE TOUS LES PEUPLES DU MONDE ENTIER AVEC LES TRAVAILLEURS COMME POTEAU CENTRAL ET SOUS LA DIRECTION DE LA CLASSE OUVRIÈRE !

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