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RENCONTRE AU GUATEMALA DU 3 AU 7 NOVEMBRE 2005 ENTRE ORGANISATIONS OUVRIÈRES ET GROUPES D’APPUI AUX LUTTES DE NOTRE CLASSE

Novembre 2005

La production textile est une des branches les plus globalisées du capitalisme aujourd’hui. De fait, par son incapacité à s’informatiser ou même se mécaniser sérieusement, elle est obligée de rechercher constamment la main d’œuvre la moins chère possible pour se maintenir dans les taux de profits moyens généraux. Dans ce cadre, la délocalisation, d’abord affecte les usines à l’intérieur des Etats-Unis mêmes. Face à cette situation, divers responsable ouvriers, politiques ou même religieux se virent obligés non seulement de poser le problème clairement mais aussi de déplacer leurs organisations vers les pays dominés pour se solidariser avec les luttes ouvrières là, dans l’objectif de tenter d’établir un meilleur équilibre, dans leur propre intérêt.

C’est ainsi que, parmi d’autres, nous trouvons l’appui du Centre de Solidarité de l’AFL-CIO (CILS sur le terrain même de la lutte où, en plus de fournir un appui financier, ils prodiguent également un appui militant en faisant de la pression sur les marques ou griffes (« brands ») ou encore sur les sources de financement (la Corporation Financière Internationale de la Banque Mondiale, en particulier) et ainsi confèrent leur poids à la lutte. Cette pratique, le Centre de Solidarité la mène dans le monde entier, partout où les usines de sous-traitance textile s’établissent dans la logique dont nous parlons.

Pour permettre une meilleure organisation de cette lutte, au début du mois de novembre 2005 (du 3 au 7), l’ACILS à facilité une rencontre régionale au Guatemala entre différentes organisations ouvrières et d’appui aux luttes de notre classe en vue de construire une coordination pour ensemble mieux attaquer le problème général et commun. C’est ainsi que Batay Ouvriye fut invité à participer.

Durant les mois qui viennent de s’écouler, tout en reconnaissant la présence concrète de membres de l’ACILS aux luttes ouvrières et le poids que cette présence peut véhiculer, nous soulignions nos importantes différences avec eux, non seulement concernant leur nature en tant que bureau de l’AFL-CIO ayant même un bilan négatif fort lourd dans les luttes de la classe ouvrière américaine, non seulement sur le rôle réactionnaire qu’a joué ce Centre en Amérique Latine, particulièrement au Vénézuela dernièrement, mais aussi, plus près de nous, concernant leur ligne totalement bureaucratique au niveau de la pratique.

Dans le texte « Sur les Syndicats » que nous avons circulé au cours d’une rencontre entre les ouvriers du SOCOWA et ceux du FM1 en République Dominicaine, nous avions porté une critique nette et claire sur les aspects négatifs de cette ligne bureaucratique et ses effets néfastes sur les luttes de classe ouvrière. De même, dans divers documents, nous avons toujours dénoncé ce rôle réactionnaire dans leurs pratiques en Amérique Latine, tandis que nous fixions clairement notre position par rapport à la « solidarité » qu’ils portaient et comment nous l’acceptions, tout comme tout autre, dans le cadre de notre autonomie politique complète en tant qu’axe principal de cette relation. Ainsi : nous nous sommes rendus à la réunion du Guatemala non seulement à cause de son importance en soi, et aussi, en lutte, tenter de faire passer notre ligne basée sur la mobilisation et l’accumulation de forces de la classe ouvrière ; non seulement parce que, là, nous rencontrerions des ouvriers en lutte provenant de différents pays et en face des mêmes commanditaires capitalistes que nous (les marques et parfois jusqu’aux industriels) ; mais, justement, pour véhiculer tous ces points de débat ouvertement et clairement. Dans ce sens, nous avons produit un « Message… » pour l’assemblée, qui peut être lu dans sa totalité à l’Annexe 1.

Parmi les participants, nous nous sommes appuyés sur ce « Message… » pour faire ressortir, d’emblée, le néfaste du mélange inconsidéré des organisations ouvrières avec celles en appui. Pour nous, cette situation fait partie de la ligne que nous critiquons et naturellement, c’est cette même ligne qui cherche à porter les rencontres avec les marques comme élément principal en question. Principal, justement, parce que s’agissant du rôle même de ces organisations de solidarité. Ainsi : à cette étape, cette ligne met les organisations ouvrières à la traîne de celles d’appui et, concrètement, les informations pour les luttes de la classe elle même, à partir des usines en lutte, sont secondaires (Annexe 2). Pour nous, une telle approche ne peut qu’affaiblir les luttes et organisations de la classe ouvrière. Nous clarifions davantage cette position dans une synthèse de compte-rendu que nous avons produit et envoyé à tous ceux présents (Annexe 3).

Cependant : malgré toutes nos interventions visant à dénoncer cette approche et démontrant ses dangers pour la lutte de la classe ouvrière et celles du camp du peuple généralement, l’agenda du Centre de Solidarité est demeuré immuable. Aucune rectification n’a eu lieu, les points que nous portions n’ont pas véritablement été pris en considération. Tout ceci en dépit du fait que nos points généralement trouvaient l’adhésion des ouvriers présents. De même, certains membres du Centre de Solidarité ont hésité à diffuser notre message. Par la suite, nous avons pu trouver l’appui démocratique et plus courageux d’autres membres de ce Centre ce qui a permis la circulation du document ; mais sans qu’il puisse arriver à être discuté, des organisateurs arguant que « ce n’est pas le meilleur lieu pour discuter sur la question de l’AFL-CIO ou son rôle en Amérique Latine » etc. Bien que nous ayons montré notre désaccord en exprimant combien, au contraire, il s’agissait de points capitaux à discuter en face de tous les ouvriers présent, le « Message… » n’a pas pu être débattu.

Ces désaccords fondamentaux de ligne nous confirment que, de la « campagne », l’offensive sur les marques est pour ce centre l’axe principal de lutte. Le pire est que certains membres de l’ACILS ont même trouvé à dire que « s’il y en a qui ne sont pas d’accord avec la ‘campagne’, ils peuvent se retirer ». Ce à quoi nous répondions que « notre désaccord ne provient pas de la lutte commune, ni la coordination nécessaire à cet effet, mais plutôt de la forme par laquelle nous y arriverons et l’orientation qui la guide, ainsi que de l’importance qu’y acquérront les groupes d’appui (petits-bourgeois, ONG…).

Jusqu’à la synthèse, les points importants que nous avons véhiculés ont été écartés, c’est-à-dire : « l’autonomie de la classe ouvrière dans son organisation et ses luttes comme principe fondamental ». Et, pour bien démontrer ce principe fondamental dans le cadre des pratiques en déroulement, nous posions avec toute la fermeté nécessaire que, dans la distribution des participants en ateliers, selon l’importance de cet aspect, il était nécessaire que les délégués ouvriers ou de membres-représentants des organisations ouvrières se réunissent d’abord ensemble, tandis que ceux des organisations d’appui ou de solidarité se constituent en d’autres formes de groupes, afin que la nature de classe de chacun soit d’abord clairement marquée, concentrée et, ainsi, puisse mieux s’exprimer et dans, un second temps, trouve meilleur élan. Inutile de dire que les petits-bourgeois se sont opposés à cette initiative. Mais il est important de faire remarquer que la majorité des ouvriers présents y voyaient clairement le bon sens et certains l’ont même exprimé nettement. Face au nombre de délégués d’appui opposés et la difficulté des ouvriers à se prononcer (dépendance ? manque – précisément – d’autonomie ?...) cette fondamentale différenciation de base n’a pas pu se réaliser. Ce qui, pour nous, limita grandement le niveau de coordination de lutte et d’organisation qui aurait pu émerger de cette rencontre, dans l’intérêt réel de la classe ouvrière, de sa lutte, de son devenir.

Nous donnant raison, durant la nuit de la deuxième journée, trois invités guatémaltèques sont venus partager leurs expériences de lutte avec nous. Sans même être au courant des débats en cours, ils ont appuyé toutes les différentes positions que nous avons émises durant les deux journées de rencontres (revoir l’Annexe 3).

Enfin : malgré tous nos efforts pour rectifier et véhiculer une ligne ouvrière correcte, seul ce qui avait été prévu par l’ACILS est resté à l’ordre du jour : choisir des marques communes aux différents pays et leur impartir une pression afin que les ouvriers puissent établir des syndicats et négocier des contrats collectifs. D’ailleurs, au lieu de se concentrer sur une cible déterminée qui émergerait sur la base des luttes des ouvriers eux-mêmes, ce sont les capacités des groupes d’appui qui, finalement, guidaient davantage le choix final. Il fallait cibler les marques les plus ‘abordables’ aux pratiques d’appui (« celles qui nous ouvrent les portes », comme ils le disent). D’un autre côté, les mécanismes de coordination dépendaient aussi d’un type de capacité appartenant exclusivement aux groupes d’appui (internet, voyages…).

- Considérant ces circonstances où nous nous sommes rendus compte que l’orientation initial de l’ACILS demeurait sans variation ou considération sérieuse par rapport aux points véhiculés ;

- Considérant la ligne pour nous complètement erronée et très néfaste pour les luttes et l’organisation de la classe ouvrière ;

- Considérant que tout ce que nous avons transmettions étaient dans l’intérêt du prolétariat (la concentration de son organisation, le développement de sa capacité réelle de mobilisation et de lutte pour atteindre ses objectifs, le fait de la nécessité de prendre dans ses mains propres sa lutte, son organisation mondial et la direction du camp du peuple généralement) :

Nous n’avons PAS intégré cette coordination mise sur pied. Mais :

- Tenant compte que nous pensons qu’il s’agit d’une lutte importante pour les ouvriers du monde entier qui souffrent de l’exploitation, la domination et la répression des capitalistes de l’industrie textile ;

- Vu que nous sommes en relation, dans la lutte concrète, avec nos camarades de la République Dominicaine ;

Nous restons articulés avec leur pratique dans ce cadre. Avec nos camarades ouvriers dominicains, nous continuerons à porter nos réflexions, notre coordination de lutte avec notre présence concrète sur le terrain de lutte même, toujours dans le cadre de la lutte que nous menons ensemble avec le mouvement ouvrier en construction.


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