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Juin 2005

SUR LA SOLIDARITÉ

A partir des différentes luttes que nous avons menées, Batay Ouvriye a obtenu différentes formes d’appui et de solidarité provenant de diverses organisations ou groupes. Pour un meilleur rapport avec eux tous, nous pensons utile de faire circuler cette déclaration qui permettra à tous nos amis qui suivent notre pratique et désirent eux-mêmes également apporter leur soutien, de comprendre nos positions, nos pratiques, dans le cadre de ces relations.

  • Comme premier principe, nous pensons qu’il est possible de s’asseoir et discuter avec toute organisation désireuse en ce sens des lors que ceci présente une rentabilité pour la lutte des travailleurs dans l’intérêt des travailleurs. En premier lieu, nous informons nos interlocuteurs de nos positions et pratiques et si nous avons une opinion sur les leurs, nous la leur communiquons dans ce même esprit. Si, à partir de là, ils souhaitent établir ou poursuivre une relation avec nous dans l’intérêt de la lutte des travailleurs, nous nous montrons disposés à le faire dans le respect d’une mutuelle autonomie.
  • En ce faisant, le thème de la solidarité est évoqué. Parfois, pour l’aborder, la question nous est faite de savoir comment, en pays étranger, soutenir les luttes de Batay Ouvriye. En ce sens, notre réponse est toujours claire : l’essentiel, pour nous, est le soutien militant, vu notre ligne où le problème de la domination impérialiste est posé (même s’il est parfois déformé, étant donné que souvent il s’agit d’organisations à orientation humaniste) en même temps que celui de l’exploitation (là encore et pour la même raison, cet aspect est parfois limité aux formes et à l’ampleur de celle-ci). Egalement, dès que possible, à l’abord de cette question, nous insistons à présenter, autant que possible, que les contributions matérielles aident la lutte des travailleurs dans leur intérêt propre mais que ces contributions sont d’une nature autre que le soutien militant. Certaines organisations, vu leur nature en soi, ont davantage de capacité pour le soutien militant que nous priorisons. D’autres peuvent plus contribuer à la lutte des travailleurs par leur soutien matériel. Certaines, enfin, ont la capacité d’opérer aux deux niveaux. L’important, dans tous les cas, est de montrer clairement que notre autonomie politique demeurera toujours le principe fondamental nous guidant dans toute articulation.
  • Sur cet angle, nous tenons toujours à préciser que la lutte des travailleurs se déroule au sein d’une formation sociale dominée. Ainsi, ceux-ci ont d’énormes difficultés à survivre étant donné l’immensité de l’exploitation qu’ils subissent. Naturellement, cela donne occasion à de grandes luttes mais, encore une fois, l’un des éléments importants est la capacité matérielle pour les mener. Nous ne nous faisons donc aucune illusion : cet apport peut être très utile en ce sens. Malgré tout, dans le cadre de la construction de l’autonomie matérielle également du mouvement ouvrier, nous chercherons toujours à compter sur nos propres forces, mais, surtout, la solidarité matérielle ne doit avoir aucune incidence négative sur notre ligne ou nos pratiques. D’autre part, la domination impérialiste est cause d’un transfert de valeurs des pays dominés vers ceux impérialistes. Ainsi, tout retour de cette valeur transféré doit être réalisé sans, encore une fois, mettre en question notre autonomie.

Sur ces bases, nous arrivons même à développer des relations avec des organisations qui pensent « aider ». Parfois, au bout d’un certain moment, cette «aide » est interrompue. Nous considérons cela normal ; conscients des limites politiques d’une telle approche, nous anticipions ce possible développement. Par contre, dans d’autres cas, les rapports arrivent à se reproduire : c’est que la base de solidarité était alors plus réelle et solide. Malgré tout, la pratique démontre que même les organisations apportant leur solidarité ont souvent aussi leurs limites. Là encore, nous considérons cela normal.

Un autre axe important de la solidarité est le développement de rapports entre organisations de pays dominés où se développent leurs luttes. A ce niveau où la militance prend forme de coordination, nos pratiques demeurent toujours assez limitées et beaucoup de travail reste à réaliser. Nous oeuvrons en ce sens en utilisant tous les moyens à notre disposition à cette fin.

Une des contradictions auxquelles nous faisons face est la provenance des fonds de certaines organisations souhaitant nous soutenir. Nous respectons leur autonomie : nos rapports sont d’ordre bilatéral, l’essentiel étant le respect de notre autonomie et, en ce sens, notre capacité à prendre toutes les positions politiquement nécessaires, notre capacité à développer toute lutte allant dans le sens de l’intérêt des travailleurs exploités au niveau national et international. Nous sommes conscients que ceci est parfois la cause des « blocages de l’aide » ; mais ceci demeure encore pour nous secondaire : le combat pour l’avancement des luttes des travailleurs doit être avant tout autonome, même quand ainsi rendu très difficile. Il arrive même quelque fois que les financiers de ces organisations apportent ces fonds d’« aide » dans la logique du développement impérialiste mondial. Nous y voyons clair. Malgré tout, dans le cadre de ces rapports, nos positions demeurent les mêmes, campées sur le principe de complète autonomie politique, tout en acceptant tout appui, solidarité ou même « aide » dès lors que dans l’intérêt des travailleurs.

Cela entraîne des conséquences. Il peut arriver que les organisations nous fournissent un « soutien » et que cela les mette en contradiction avec leurs propres financiers. Dans ce cas, il est important qu’elles réalisent que nous ne sommes nullement impliqués dans cette contradiction. Même si nous acceptons de dialoguer à son sujet, c’est leur responsabilité. Et à ce moment, si leur solidarité était réelle, c’est à partir de cette position fondamentale qu’ils trancheront.

Comme nous le mentionnions, plusieurs de nos camarades suivent notre pratique. Ceci est positif. En ce sens également, nous pensons que cette clarification peut les aider. Pour éviter toute forme de dogmatisme, cependant, nous considérons important qu’ils suivent nos pratiques. Qu’ils prennent position à partir des positions ici obtenues. Nous autres sommes toujours disposés à débattre de ces questions, autant que possible.

La pratique solidaire, tout comme les phénomènes sociaux en général, est complexe et doit être envisagée dans le cadre de cette complexité, avec une ligne claire pour guide où le fondamental reste et demeure la fermeté d’une position qui correspond toujours aux intérêts des travailleurs exploités, particulièrement dans leurs luttes et à partir de leurs intérêts globaux. Dans ce sens, l’essentiel étant le respect permanent de l’autonomie politique. Néanmoins, il est toujours nécessaire de considérer les autres aspects qui peuvent aider à préciser des orientations tactiques. Ceci est également valable pour la solidarité, militante avant tout. Entre organisations de travailleurs, elle se posera d’une façon, avec d’autres, différemment, avec ses limites intrinsèques.

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